mardi 14 avril 2020

Un nouvel habitant dans le quartier !

Dimanche 12 avril, je profite de mon heure de sortie pour arpenter notre impasse et observer les nombreux oiseaux qui s'agitent en permanence dans les hautes herbes du terrain qui se situe juste devant la résidence. Je tente de prendre des photos mais entre leurs mouvements et les herbes qui bougent au gré du vent, difficile de faire la mise au point. Mais je persévère...et finalement je finis par "tirer" le portrait de ces petits chenapans, il s'agit de magnifiques sporophiles, mâle à la robe noire et femelle au plumage brun.








Je poursuis jusqu'au fond de l'impasse où se trouvent une végétation plus dense et de grands arbres. Beaucoup de bruits mais rien de visible. Une grosse termitière au sommet d'un fromager à la cime dégarnie de feuilles attire mon attention. Je l'avais déjà repérée en d'autres temps et l'absence de feuillage en ce moment la met plus en valeur. Une autre masse sombre est visible non loin d'elle, alors je regarde de plus prêt grâce au zoom de l'appareil photo et je découvre alors un nouveau voisin dans le quartier. Je vous laisse deviner à partir de la photo située à droite de ce texte.

Alors vous l'avez repéré ce nouveau voisin ?

Bon je me rapproche de lui et maintenant vous l'avez identifié ? Gagné, c'est bien un paresseux, quasiment en cœur de ville. Jamais j'aurais pu imaginer en voir un ici, dans notre quartier. Apparemment la zone de végétation est suffisamment dense pour qu'il y trouve sa nourriture. Mais une question me trotte dans la tête. Comment est-il venu jusqu'ici sans se faire attraper ? Cela va rester un mystère. Dans tous les cas on va continuer à le suivre en espérant que personne ne viendra le chasser. 




Pour conclure quelques mots sur ce charmant animal pour ceux qui n'auraient pas lu l'article sur le paresseux du Rorota. Tout d'abord il en existe 2 types, l'un à deux doigts, le unau, et l'autre, le nôtre appelé aussi aï, à trois doigts mais attention au niveau des pattes avant car derrière il y en a trois partout.

Ensuite il se déplace très lentement dans les arbres, moins de 10 m à la minute. Finalement sa lenteur est un atout et constitue son meilleur camouflage associé au fait que sa fourrure héberge une algue verte qui lui permet aussi de prendre des teintes différentes. A propos, sa fourrure sert de dortoir aussi à de très nombreux parasites alors mieux vaut ne pas s'y frotter.

Autre caractéristique surprenante, il possède 9 vertèbres cervicales, contre 7 pour nous. Et alors ? Et bien grâce à cette spécificité il peut tourner la tête à 270° et donc voir à 360° sans bouger son corps, pratique non ?

Enfin une autre information intéressante, il nage trois fois plus vite qu'il ne marche et est capable de retenir sa respiration plus de trente minutes. Bon cependant il faut retenir que son habitat naturel c'est les arbres et les branches alors laissons le tranquille et bonne sieste à lui. Entre le moment où je l'ai aperçu puis perdu de vue (je pouvais l'observer depuis l'entrée de l'appartement), il s'est passé plus de 5 heures...






dimanche 12 avril 2020

Le sentier du Loyola

Pâques Avril 2020 et toujours confiné. Alors poursuivons la découverte côté "historique" des sentiers de l'île de Cayenne en partant cette fois sur les vestiges de l'habitation Loyola. Pour m'aider dans mes recherches je me suis servi des travaux publiés par Nathalie Croteau dans le "Journal of Caribbean Archaeology" en 2004.


Ce sentier de 4,5 km en aller-retour se fait en 2 heures environ et relie la route de Rémire à la route des plages. Il est plutôt agréable et bien sûr très ombragé. Le parking est grand et les voitures se retrouvent à l'ombre d'une magnifique forêt de bambous. Une structure en bois au début du parcours nous permet de garder les pieds au sec et d'atteindre facilement le sentier lui-même.

En moins de 10 min on rejoint déjà les vestiges de l'habitation Loyola. Cette colonie va occuper une place centrale dans l'économie guyanaise au XVIIe siècle et sa caractéristique première est qu'elle sera tenue par des Jésuites, ordre religieux catholique fondé en 1540 par Saint Ignace de Loyola. Cet ordre religieux va essaimer aux quatre coins du monde et faire de l'enseignement un véritable cheval de bataille. Puissant et riche, il va faire de l'habitation Loyola, l'une des plus prospères colonies de Guyane. A son apogée, Loyola couvrira plus de mille hectares de terrain travaillés par cinq cents esclaves.



L'habitation Loyola en 1730.
(Gérard Hébert, cartouche de la Carte du Gouvernement de l’isle et terre ferme et colonie de Cayenne, 18 octobre 1730, Service historique de l’Armée de terre, Vincennes)


Quand on arrive sur le lieu principal on a du mal à imaginer que le site a seulement été découvert en 1988. Bien entretenu, il fait donc aujourd'hui l'objet de fouilles archéologiques franco-canadiennes. Installée sur un contrefort de la montagne de Rémire, cette habitation fut réorganisée par les Jésuites pour produire de l'activité sucrière mais aussi du café et de l'indigo pour la teinturerie.



Maison de maître, cuisines, hôpital, chapelle, cimetière, magasins, forge, purgerie, indigoterie, quartier des esclaves, moulin à vent, sucrerie, caffeterie, poterie, nous ne verrons rien de tout cela, mais les fouilles ont permis de reconstituer toute l'histoire de cette habitation et la qualité des matériaux utilisés témoigne de la richesse des Jésuites et de leur volonté de durée. Cependant les déboires de l'ordre religieux (c'est une autre histoire), appelé aussi Compagnie de Jésus, va entraîner sa dissolution et la fermeture de toutes leurs missions à l'étranger avec pour autre conséquence l'abandon progressif de l'habitation. Nous sommes alors en 1763.

Et 6 ans plus tard la nature va reprendre ses droits...

Alors profitons-en et poursuivons notre promenade. Un énorme fromager va se trouver bientôt sur notre chemin, juste impressionnant ! Le sentier monte sensiblement et bientôt nous atteignons le sommet. Petite descente sur un km et bientôt c'est la route des plages. Il n'y a plus qu'à faire demi-tour ou rentrer par la route...


Termitière



Passage près d'un arbre à boulets de canon (Couroupita guianensis pour les amoureux des beaux mots ) et ses magnifiques fleurs (photos ci-dessous) mais attention à ses fruits qui peuvent peser jusqu'à 5 kg alors gare à la chute ! Et si vous échappez à la bosse faite encore attention à son contenu car la pulpe bleue est toxique et dégage une odeur très nauséabonde ! Je n'ai pas testé.




Et pour conclure cette balade encore un fruit mais comestible celui-là, une prune de Mombin dont on peut tirer jus, confiture et sorbet.

jeudi 9 avril 2020

Après le crapaud buffle...

Il y a quelque temps un magnifique crapaud buffle a fait trempette dans la piscine de la résidence et après l'avoir remis dans la pelouse je ne l'ai plus jamais revu. Et bien devinez quel animal est venu à son tour prendre le soleil sur le carrelage bien chaud de notre espace détente ?

Son nom commence par I... et finit par E.

C'est un Iguane ! En fait ils étaient trois mais le temps de remonter chercher mon appareil photo seul le plus courageux m'a attendu. Avec 80 cm, queue comprise, ce beau lézard couleur émeraude était aussi en train de muer d'où l'aspect camouflé de sa peau ce qui l'a rendu d'ailleurs très photogénique. A vous de juger !













dimanche 5 avril 2020

Le sentier Vidal-Mondélice

Continuons notre tour des sentiers de l'île de Cayenne et cette fois rendons nous du côté du lycée Damas et du nouvel éco-quartier en cours de construction pour arpenter les 3,5 km du sentier de l'habitation Vidal-Mondélice.

Avant de le parcourir je souhaitais m'attarder sur le mot habitation qui revient souvent dans l'histoire guyanaise et antillaise. Ce mot, hérité de l'époque coloniale, ne correspond pas uniquement à la description d'une maison mais va bien au-delà. Une habitation comprenait en fait l'ensemble des bâtiments, domestiques et industriels, ainsi que les terres, les cultures, les esclaves, le bétail et tous les ustensiles nécessaires à la vie sur l'exploitation. Voilà qui est écrit !

Maintenant commençons notre promenade qui vaut surtout pour son caractère historique. Le sentier est parfaitement aménagé et une grande allée permet de rejoindre avec facilité les vestiges de l'habitation. De part et d'autre du chemin principal démarrent de nombreuses traces qui témoignent de la mise en place de circuits d'orientation avec l'existence de balises fixes. Les vététistes apprécient aussi beaucoup cet endroit de Cayenne.






Dès le XVIIe siècle, le site fut exploité sous forme d'abattis qui étaient alors confinés sur la partie haute de ce morceau de terre coincé entre le fleuve Mahury et la crique Fouillée. Abattis, encore un terme propre à l'agriculture forestière amazonienne puisqu'il s'agit d'une parcelle cultivée, un champ. Cette parcelle est obtenue après l'abattage des arbres qui sont ensuite brûlés une fois secs. On y plante alors les espèces vivrières comme le manioc, de la patate douce ou du maïs et on exploite le terrain pendant une durée variable de 2 à 3 ans selon les communautés. Pratiqué depuis des millénaires, l'abattis est la base de l'équilibre alimentaire des sociétés amérindiennes.



Achetées à Claude Macaye en 1800 par le négociant Jean Vidal, les terres de cette habitation vont bientôt devenir l'une des plantations les plus prospères de son époque et nous marchons aujourd'hui sur un sentier qui a vu passer des centaines d'esclaves nécessaires au bon fonctionnement d'une sucrerie renommée. Selon les données recueillies dans plusieurs ouvrages on estime que cette habitation disposait de "270 à 280 esclaves, des mulets, des bœufs de trait et des troupeaux de gros et menus bétail et 72 carrés de cannes".



Nous progressons facilement et comme toujours nous profitons des merveilles que cette nature luxuriante nous propose en permanence. Le chemin s'élargit un peu plus et les premiers vestiges apparaissent bientôt. Un panneau d'information va nous permettre de nous orienter mais la végétation a recouvert de nombreuses parties de cette ancienne plantation et seuls les points 3 (moulin à mules) et 4 (moulins à vapeur) sont réellement accessibles.


Concernant le moulin à mules, ce bâtiment fut érigé en 1815. Le plan incliné, en parfait état, servait aux mules pour accéder au sommet du bâtiment et ainsi à pouvoir marcher au niveau du 1° étage sur une plateforme actionnant alors le moulin pour presser la canne. En ayant positionné de la sorte les animaux, il n'y avait aucune gêne pour approvisionner le moulin mais attention la manœuvre restait bien sûr dangereuse pour les esclaves. Grâce aux ouvertures voûtées, on pouvait aisément apporter les cannes et parallèlement évacuer le jus et la bagasse, c'est à dire les cannes écrasées.


Après avoir contourné les vestiges du bâtiment principal, nous apercevons, posées à même le sol d'immenses casques renversés, il s'agit de marmites. Il faut les imaginer posées côte à côte sur des ouvrages maçonnés, avec chacune son fourneau. Le jus de canne ou "vesou" est alors transvasé de l'une à l'autre après un filtrage destiné à le débarrasser de ces impuretés par écumage successif. Après ces étapes on obtient alors un sirop clarifié qui cristallisera ensuite dans des barriques.




Enfin dernière étape de notre parcours historique, la zone où se situaient les moulins à vapeur. En introduisant la première machine à vapeur de Guyane sur son habitation, Félix Vidal  va définitivement placer sa plantation parmi les plus prospères...jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1853 et la crise du sucre. Il tentera alors de développer le café et le rocou, fruit exotique issu du rocouyer dont on extrait une teinture encore utilisée de nos jours pour colorer la mimolette ou l'édam. En 1855 Félix Vidal vend ses terres au père Guyodo qui ouvrira une école d'agriculture et un hospice mais l'ensemble sera ensuite abandonné vers 1880.

On suit quelques traces et on finit par trouver les vestiges des machines à vapeur déjà bien englouties par la végétation qui regagne son terrain. On aperçoit cependant encore bien les rouleaux qui permettaient l'écrasement des cannes. 

Nous allons maintenant rebrousser chemin en empruntant une trace de retour différente qui va nous plonger encore plus au sein de la végétation tout en n'oubliant pas que nous venons de vivre un moment de l'histoire coloniale guyanaise qui risque de disparaître si l'entretien des lieux n'est pas assuré de façon pérenne.




samedi 4 avril 2020

Châtenois, village de mon enfance !

Petite précision, ces photos ont été prises avant le confinement.

Ayant donc du temps libre, je me suis dit que je pourrais écrire un article. Enfin pour être honnête c'est Pascal qui me l'a suggéré.

Châtenois est un village alsacien d'environ 4200 habitants qui se situe sur la route des vins, près du château de Kintzheim transformé aujourd'hui en parc animalier appelé "volerie des aigles" où l'on peut participer à des spectacles avec des rapaces (aigles-faucons-vautours).

À proximité on trouve aussi le château du Haut-Koenigsbourg datant du XIIe siècle. Le nom actuel du château "Haut-Koenigsbourg" est le résultat de l'adaptation du nom allemand "Hochkönigsburg" qui se traduit par haut château du roi. Il se trouve à 757 m d'altitude.


Dans la commune de Châtenois il y a plusieurs monuments historiques et l'un des plus remarquables est la tour des sorcières dont le nom vient de celui d'une tour qui servait de cachot entre 1'an 1610 et 1630. Comme dans beaucoup de villages de France à cette époque, il s'y déroula des procès iniques au cours desquels on brûla des personnes accusées de sorcellerie. La tour date de 1402 et la partie supérieure aurait été réalisée vers 1830. Sur le toit de la tour, les cigognes ont élu domicile, on en voit régulièrement et j'avoue que c'est un beau spectacle. Cette tour symbolise très souvent Châtenois et elle sert régulièrement de modèle pour des dessins ou de la marqueterie.



En continuant la promenade on passe devant le jardin du presbytère où des fouilles sont réalisées. Plusieurs découvertes y ont été faites entre autres ce pressoir !




Direction l'église St Georges monument historique aussi. Elle abrite un orgue Silbermann de 1765, une croix de procession recouverte de nacre doré de 1763 et des tableaux polychromes en relief du XVIe siècle. Hélas je n'ai pu prendre de photos, "confinement oblige", mais ce sera l'occasion d'approfondir cet article lorsque je pourrai à nouveau sortir. L'église a conservé son clocher roman ; son couronnement à quatre échauguettes d'angles date de 1530 et est entièrement réalisé en bois de châtaigniers. Vous avez repéré les échauguettes ? Ceux sont les petites tourelles à la base de la pointe ; dans un château elles pouvaient abriter un guetteur. L'église est aussi entourée de remparts exceptionnels, on y a une vision sur le Hahnenberg et le vignoble.






Pour finir l'école où j'ai suivi ma scolarité du CP au CM2 et dont la construction date de 1867. L'école primaire est devenue une école élémentaire publique accessible aux écoliers et écolières depuis 1986 et elle porte un nom très célèbre en Alsace, Krafft. Et plus précisément du couple Katia et Maurice. Et pourquoi ce nom est-il célèbre ? Parce qu'il s'agit d'un couple de volcanologues hors du commun surnommé les "diables des volcans". D'après leur biographie, ils étaient attirés par les volcans comme "les papillons par la lumière". Livres, films, longs-métrages, conférences, ils laissent une iconographie exceptionnelle car ils ont péri sur les pentes d'un volcan japonais en 1991.


Et pour conclure, une petite vue du vignoble et de Châtenois en contre-bas (et de moi au premier plan, LOL)