mercredi 30 octobre 2019

Le lac de Petit Saut - 1° journée

La saison sèche est propice à la découverte de certains environnements surtout lorsque l'on envisage de passer 2 nuits dehors en hamac. Ayant trois jours de disponible, nous décidons alors de repartir avec Pierre, notre précédent guide aux chûtes Voltaire, direction le lac du barrage de Petit Saut pour une expédition naturaliste associant navigations et randonnées.

Nous avons rendez-vous à 8h30 à l'entrée de la route de Petit Saut située au PK85 sur la RN1 entre Kourou et Sinnamary. C'est très facile à trouver d'autant qu'un grand porche métallique marque clairement le début de cette petite route goudronnée que nous allons emprunter pendant 26 km avant de suivre à gauche le panneau indiquant "saut Lucifer". Maintenant il faut rouler prudemment car la piste est un peu dégradée et cinq minutes plus tard, après une légère montée, nous pouvons apercevoir en contrebas l'embarcadère.
Pierre a délégué son rôle de guide à Ronan qui va nous accompagner pendant ces trois jours. On gare nos véhicules dans le parking placé sous surveillance et notre groupe de 5 rejoint un couple et une personne seule pour former l'équipage de cette expédition. Ce lac est le résultat de la construction d'un barrage hydroélectrique qui a débuté en 1989 pour une durée de 6 ans. Inutile de dire que le sujet fut brûlant car cela provoqua l'inondation de plus de 360 km2 de forêt amazonienne. Nous embarquons et rapidement nous apercevons les premiers arbres morts qui dépassent à la surface. Nous aurons l'occasion d'en voir énormément et même de très près parfois car l'embarcation les touchera. 

Des murs de pierre apparaissent aussi, il s'agit des ruines inondées d'un ancien centre pénitentiaire dit "Saut Tigre". En fait il y en avait trois de ce genre (un 2° à Apatou et le 3° à Tonnégrande), ils avaient été mis en place pour y incarcérer les indépendantistes indochinois de 1931 à 1942 et aussi bénéficier de main d'oeuvre à bas prix. Ce qui apparaît aujourd'hui c'est l'ancienne maison du commandant car elle dominait l'ensemble du centre. Des fanas de plongée viennent explorer des fonds particulièrement troubles.



Nous allons naviguer près de 2 h 30 à travers ce décor étrange mêlant arbres morts et végétation luxuriante, nul point de repère pour des touristes comme nous mais pour Ronan c'est un terrain connu et nous accostons enfin en pleine forêt, 56 km ont été parcouru selon le GPS. Nous débarquons tout le matériel nécessaire pour 2 jours et 2 nuits de bivouac et après avoir installé nos hamacs sous le carbet-bâche mis à disposition par l'organisation nous passons à table et profitons des premiers talents de cuisinier de Ronan qui nous a concocté une bonne salade de crudités.

Le campement dispose de véritable toilette sèche et le luxe est poussé à l’extrême car il y a même une véritable lunette et ... toutes les bébêtes familières de ce type d'endroit. 

Après le repas nous prenons du repos car la chaleur est écrasante et l'ombre des grands arbres est un vrai bonheur. Nous allons ainsi attendre jusqu'à 16 h puis nous embarquons pour une courte traversée afin de rejoindre un sentier de randonnée que nous allons emprunter pendant un peu plus d'une heure pour découvrir la flore locale toujours à l'abri du soleil. Ronan nous apporte plein d'informations et nous aurons l'occasion de voir entre autre une magnifique liane "tortue".


Après cette promenade fort agréable, nous rejoignons notre embarcation et nous ne la quitterons plus jusqu'au coucher du soleil. Maintenant c'est le règne des oiseaux et des singes. Pendant une heure nous allons en prendre plein les yeux car toutes sortes de volatiles vont apparaître (buse, anhinga, martin pêcheur) et juste avant le coucher du soleil le cri rauque des singes hurleurs va nous permettre de les localiser.



Martin pêcheur
Buse


Anhinga
Après cette navigation toute en douceur à la recherche de la faune, il est temps maintenant de prendre un apéritif presque seul au monde, ou plutôt 9 au monde, seuls au milieu de cette étendue d'eau avec le coucher de soleil comme spectacle aux multiples tableaux. Moment magique ! 

La nuit est tombée lorsque nous reprenons pied sur la berge où se trouve notre campement. Ronan relance le feu et prépare le repas du soir composé de riz arrosé d'une sauce au curry dans laquelle ont cuit du poulet, du choux et des carottes. Un régal au cœur de cette forêt plongée dans la pénombre. Ces instants de partage sont très agréables et chacun y va de son anecdote ou simplement profite du moment présent.


Mais la journée n'est pas finie et Ronan nous propose une sortie pirogue de nuit à la recherche du caïman noir, rouge ou à lunettes, les trois espèces communes en Guyane. Alors on embarque et pendant 2 heures on va naviguer à la frontale au milieu des arbres fantômes, en scrutant la berge et en espérant apercevoir les 2 billes rouges caractéristiques de la présence du reptile préhistorique. Nous en localiserons 5 pendant ce périple et nous aurons la chance de pouvoir les approcher de très près, très très près. En fait l'animal n'est pas farouche et une fois dans le rayon lumineux il s'immobilise mais ne nous y trompons pas, au moindre doute il fuit à la vitesse de l'éclair et pourrait facilement broyer une main qui oserait le provoquer.



Voilà qui conclut parfaitement cette belle première journée et maintenant on saute dans le hamac et on s'endort en faisant de beaux rêves... avec les singes hurleurs qui pensent que c'est le moment de faire la sérénade. Heureusement cela ne dure pas et Morphée nous accueille enfin.


samedi 19 octobre 2019

Toute première fois !

Il n'y a pas d'âge pour une première fois. Et pour Béa c'était ce matin.

Alors que nous partions tranquillement pour notre randonnée saturnale, Béatrice ouvre la porte de l'appartement, se penche pour enfiler ses chaussures posées sur le paillasson et par "réflexe" tourne la tête à gauche et c'est à ce moment là qu'elle tombe nez à nez avec sa première......

                                                                       MATOUTOU
J'ai immédiatement compris qu'il se passait quelque chose devant la porte mais quoi ? Je me suis alors approché à mon tour tandis que Béa reculait et ce fut aussi ma première fois en matière de Matoutou. Surnom guyanais de l'avicularia, la Matoutou est une araignée de la famille des mygales, facile à reconnaître car elle a le bout des pattes orange. En pratique, on n'a pas immédiatement vu la fameuse couleur orange et on est revenus vers elle prudemment.

Elle s'est mise en mouvement pour s'éloigner de nous et descendre le long du mur pour atteindre la porte des voisins du dessous jusqu'à finir sur leur paillasson.


Elle a continué son périple le long du mur pour rejoindre une nouvelle entrée et se poster de nouveau sur une porte. Son comportement est plutôt arboricole mais on sait désormais qu'elle aime aussi se promener sous les toits où elle trouve grillons, blattes et autres papillons.

Cette mygale est très peu agressive et il faut surtout se méfier des poils urticants qu'elle possède sous l'abdomen et projette en frottant ses pattes arrières. On va la laisser tranquille maintenant et désormais, pendant quelques jours, on va sûrement un peu plus souvent regarder notre entrée.
Même plus peur !     



vendredi 18 octobre 2019

le jacuzzi de Cacao

Que faire un jour de grande chaleur ?

Il fait chaud en ce moment et la pluie est très rare. Alors pourquoi ne pas trouver un endroit au "frais" à l'ombre des grands arbres de la forêt guyanaise. En voiture pour le jacuzzi de Cacao. Nous prenons la RN2, direction Saint Georges, laissons sur notre droite la route qui mène à Cacao et poursuivons jusqu'au PK 74. Maintenant nous devenons vigilants sur environ 300 m (compteur à l'appui) et remarquons comme prévu un parking sommaire sur la droite. Nous nous garons et un chemin bien marqué nous appelle dans la forêt.

Comme on nous l'avait indiqué, tout de suite à gauche dans le chemin, se trouve une carcasse abandonnée de véhicule, nous sommes au bon endroit. Le sentier est clair et nous mène rapidement à un carbet associatif en parfait état.


Cette fois le chemin se fait sente puis layon et suit le cours d'une crique mais pas de panique, il est suffisamment marqué pour ne pas perdre sa trace. Par endroit c'est un peu sportif car des chablis barrent le passage et obligent à un contournement ou à de l'escalade. Il faut aussi enjamber la crique en équilibre sur un tronc ou en sautant d'une pierre à l'autre grâce à un pont japonais improvisé.

Enfin le bout du chemin après une trentaine de minutes de randonnée et l'arrivée à une cascade qui s'est frayée un passage dans la roche et y a creusé quelques margelles : nous sommes au jacuzzi de Cacao.
On pose les sacs, on aménage le coin pique-nique et hop les pieds dans l'eau pour un apéro bien mérité. La sensation de fraîcheur est immédiate ainsi d'ailleurs que celle de l'isolement car à part le cri des oiseaux et le bruissement de la cascade, on est au calme au pied des grands arbres. Il faut en profiter car apparemment c'est un endroit qui peut être très fréquenté.

Après ce moment de bien-être, nous rejoignons la berge pour y prendre notre repas et aussi pour s'y mettre à l'abri car la pluie est au rendez-vous, un comble !


Cela ne dure pas et nous sommes encore loin des futures averses tropicales qui nous attendent dans quelques semaines. Maintenant direction la cascade pour tester les différents étages de ce spa géant. Si on attend de la fraîcheur, il faut dire que l'on est plutôt saisi au moment de l'entrée dans l'eau mais rapidement on s'y habitue et ensuite ce n'est "que du bonheur" !

Un dernier bain et on reprend le chemin du retour en prenant bien soin de camoufler toutes traces de notre passage afin de garder précieusement ce jardin secret...de polichinelle.



Le sentier des Salines

Il y a de nombreuses possibilités de promenades près de Cayenne et parmi les sentiers les plus agréables, les Salines de Montjoly est celui qui offre des paysages très variés. Il est composé :
- D’une plage sableuse qui constitue un site important de ponte des tortues marines, site d'autant plus important qu'il offre le rare privilège de pouvoir assister d'avril à août à la venue de 3 sortes de tortue, la tortue géante Luth, la tortue verte et la tortue olivâtre.

- D’un cordon dunaire qui possède une végétation typique de milieux sableux,
- D’une zone humide située en arrière du cordon dunaire décrite dans les guides comme l’une des plus  remarquables de l’Ile de Cayenne.

Le mot « Salines » pourrait laisser penser à une ancienne activité de récolte de sel. Ce n’est pas le cas des Salines de Montjoly. L’appellation vient sans doute des dépôts naturels de sel qui se forment après évaporation de l’eau de mer.

Nous commençons par la partie plage et tombons sur les inévitables anableps, ou 4 yeux, qui occupent la totalité de la frange littorale et qui fuient à notre approche pour mieux revenir après notre passage. Ils ont pour particularité d'avoir les yeux divisés en deux horizontalement d'où leur surnom (en anglais four-eyed fish). Ils évoluent surtout dans la partie vaseuse de la plage
Entre mer et étang, le cordon dunaire est recouvert de végétation avec notamment plusieurs espèces d'ipomées, véritables lianes rampantes avec de belles fleurs violettes, pratique pour fixer le sol sableux et ainsi limiter l'érosion.

Nous quittons maintenant la plage au bout d'une quinzaine de minutes pour pénétrer dans la mangrove, l'interface entre la mer et la terre. Véritables entrelacs de racines "échasses", c'est le territoire des palétuviers rouges, blancs et gris. Grace à une passerelle en bois, on évolue facilement et sans danger et on profite du décor. Si on observe le silence quelques instants, on verra alors sortir de trous le crabe violoniste avec sa pince hypertrophiée.




Nous laissons la mangrove dernière nous pour passer sous le couvert d'une végétation haute composée notamment de faux bananiers. Des plantes surprenantes attirent notre attention car elles ont l'air de pousser parfaitement à la verticale. Sont-ce des branches ou un parasite ? Pour les puristes se sont des aracées épiphytes (plus de 3800 espèces), et pour faire simple, il s'agit d'une plante qui en utilise une autre uniquement comme support sans la parasiter.



Avant de rejoindre le marais un prunier Monbin nous offre ses fruits au goût acidulé qui donnent une confiture à la saveur unique. Il va falloir goûter pour confirmer cette allégation. Avec le marais, c'est aussi le retour du soleil et de la chaleur. Un balbuzard pêcheur passe trop vite pour être photographié (il va falloir me croire) tandis que de nombreux oiseaux dont des hérons se cachent au sein d'une végétation dense. Il y aurait aussi des caïmans à lunettes mais il faut revenir la nuit pour tenter de les apercevoir.


Encore un changement de décor avec l'arrivée des palmiers awara et des arbres à boulets de canon. Pour le premier attention à ne pas se laisser distraire par les belles grappes de fruits rouges car ses épines fines et cassantes sauront vous rappeler que si la nature est belle, elle peut aussi être agressive ! Quand au second, Kouroupitoumou en guyanais, ouille ouille ouille si vous passez dessous au moment de la tombée de son fruit. Avec un poids qui peut atteindre 5 kilos le fruit, en forme de boulet de canon, est mature à 18 mois mais attend 2 ans et demi pour tomber. La pulpe est nauséabonde et toxique et sa couleur bleuâtre en fait une teinture indigo pour les amérindiens.





Cela fait bientôt 2 heures que nous parcourons ce bel endroit et nous vous laissons avec ces quelques fleurs qui concluent notre promenade.