dimanche 21 juin 2020

La crique Couleuvre

Le reconfinement est à l'ordre du jour en Guyane et aujourd'hui samedi nous devons être rentrés pour 15 h dernier délai. On prépare donc notre sac, un pique-nique et départ à 7 h pour profiter au maximum du temps qui nous est donné. 
Nous prenons la route de Macouria puis passons devant le zoo en empruntant la RD 5. Notre piste du jour s'appelle Risquetout et nous permettra de rejoindre la crique Couleuvre, tout un programme.

Pas de panique ! aucun danger en réalité (enfin rien de plus qu'à l'ordinaire..) et pas un serpent de la journée. sniff !

Nous quittons la RD 5 direction Risquetout, piste Est sur environ 3 km. La route goudronnée est très praticable mais il faut faire attention aux quelques déformations du terrain qui pourraient endommager le véhicule si l'on n'y prenait garde. Un grand virage à gauche et de la place pour stationner nous indiquent le point de départ de la partie pédestre.

Nous allons parcourir un peu moins de 3,5 km de sentier avant d'atteindre la crique et le parcours est très légèrement descendant. Au départ le terrain est plutôt sec mais rapidement l'humidité va faire son apparition et bientôt le port des bottes sera parfaitement justifié, bravo Béa !



La randonnée est plutôt agréable et le chant des oiseaux nous accompagne en permanence. Par contre impossible de voir le moindre volatile alors on se rabat sur un monde plus petit et on sort le microscope, pas tout à fait quand même.

On se rapproche donc des fleurs et comme souvent un insecte n'est jamais bien loin. 





Il faut être particulièrement attentif et patient pour approcher ce monde du tout petit mais aujourd'hui nous avons le temps et cette sortie est vraiment l'occasion de profiter du moment présent, de respirer un bon bol d'air...tiède.

Un arbuste plus téméraire que les autres laisse pendre ses belles feuilles larges et vertes au-dessus du sentier au risque de se les faire abîmer par le passage d'un 4x4 car cette piste est appréciée parait-il de ce genre d'engin. Dans tout les cas aujourd'hui c'est nous qui allons profiter de cette exubérance car nous nous retrouvons quasi nez à nez avec les feuilles et ainsi totalement nez à nez avec 2 magnifiques coléoptères en train de faire du 4x4. Je vous laisse deviner leur couleur !


Manifaye... MAGNIFIQUE !



Après ce moment de pure beauté, regardons vers le sol et essayons de ne pas écraser ce qui se cache juste sous nos yeux. A vous de trouver !


Une mini grenouille d'environ 2 cm. J'avoue, si elle n'avait pas sauté juste avant mon passage je ne l'aurais pas remarquée.



Nous continuons notre petit périple en espérant "tomber" sur le jaguar et pour l'instant c'est dans la boue que l'on tombe. Manifestement on va bientôt arriver au niveau de la crique et le terrain devient de plus en plus détrempé.


 

Passer la zone humide, nous reprenons une progression normale et c'est un beau grillon qui saute juste devant nous. Et pourquoi pas une sauterelle ou un criquet me direz-vous ? Petit cours d’entomologie pour les nuls. Et bien quelques explications s'imposent. Pour faire simple, il suffit de regarder les antennes ; si elles sont courtes alors c'est un criquet. Un premier tri vient d'être fait. Ensuite il suffit de regarder les pattes, elles sont collées au corps pour une sauterelle et plus écartées pour un grillon. Et pour un puriste, prenez le temps de regarder les ailes, elles sont placées sur le côté de la sauterelle et plaquées sur le dos du grillon.

Bon reprenons notre cheminement et profitons sereinement de l'environnement toujours aussi surprenant entre ombres et lumières comme ce palmier qui dessine avec précision des stries sur le tronc de son voisin grâce à ses feuilles qui filtrent les rayons du soleil ou encore les lianes toujours autant facétieuses.

 
 

Bientôt une nouvelle oeuvre d'art apparaît délicatement accrochée sur son support naturel, un nid éventré de guêpes-tatoo, petits insectes calmes mais à la piqûre douloureuse. Nous ne l’expérimenterons pas !

Le sol devient de nouveau très humide et le sentier disparaît de plus en plus souvent sous une bonne épaisseur d'eau. Passer par la forêt pourrait être une bonne idée mais attention tout de même où nous mettons les pieds...et les mains.
 
 




Cette fois pas de doute, nous sommes arrivés à la crique Couleuvre. L'endroit est plutôt agréable et idéal pour un campement, eau à volonté ! Nous y faisons une petite halte et nous reprenons ensuite le chemin du retour. Nous avions prévu d'y pique-niquer mais il est encore trop tôt en ce samedi matin aussi nous décidons de nous rendre au bagne des Annamites (voir les articles "Zoo de Guyane, Montsinéry, Tonnegrande et le sentier des Annamites" et "Le bagne des Annamites à Crique Anguille") car nous espérons y trouver aussi un bel emplacement, au bon moment cette fois.

Là encore beaucoup d'eau ! Et malgré les passages surélevés il faut bientôt se rendre à l'évidence, nous aurons les pieds mouillés.




Nous atteignons rapidement la crique Anguille et nous y trouvons une table de disponible. Nous nous installons pour un repas léger bien mérité tout en respectant la distanciation physique. Il y a d'autres petits groupes et chacun reste à sa place. Des voisins ont le bonheur d'accueillir un morpho qui volette autour d'eux très attiré par le sucre des canettes de soda. Il finit même par se poser sur l'une d'entre elles. Plusieurs spécimens se regroupent et je finis par réussir à en capturer un qui passe à portée. Peut mieux faire ! 



Pendant cette pause repas je profite des alentours pour faire encore quelques petites découvertes comme cette minuscule araignée (2 mm peut-être) ou ces végétaux plein de couleurs (la fleur violette est une Solenum tricuspidatum Dunal).





Toutes les bonnes choses ont une fin, surtout aujourd'hui avec notre contrainte horaire, aussi nous rangeons nos sacs et retournons au parking puis direction Cayenne pour atteindre notre résidence avant le début du couvre-feu prévu à 15 h. Très belle journée !









dimanche 14 juin 2020

Quelques insolites !

Juste pour le plaisir quelques photographies prises ce weekend. Ne cherchez pas de cohérence dans tout cela, il n'y en a pas.

Tout d'abord petit tour sur la plage de Montabo où une aigrette neigeuse ou blanche selon les régions a joué la star en défilant très gracieusement juste devant nous.



Moins glamour, un poisson globe échoué sur le sable en position défensive c'est à dire gonflé à bloc. Trop tard pour lui ! Avez-vous remarqué ses 4 dents qui lui dessinent une drôle de figure et qui expliquent son nom de famille! il se classe en effet dans le groupe des tétraodons, du grec ancien "tetra", quatre et "odous", dent.



Retournons à la résidence et observons la nature à partir du balcon. 


Nos copines les chauves-souris prennent la pose juste au-dessus de notre tête.


Et que se passe-t-il dans notre beau flamboyant ?

Une magnifique Conure cuivrée, genre de perroquet, vient de s'y poser furtivement. D'habitude on les aperçoit au loin, hors de portée et volant à tire-d'aile.


Notre colibri aussi profite du soleil. Lui c'est un habitué de notre jardin.


Quant aux innombrables kikiwis qui nous maintiennent éveillés grâce, où à cause, de leurs cris incessants, ki.....ki......wiiiiiiiiiiiiii...et bien nous les avons surpris en pleine construction d'un nid. Le coton blanc c'est du kapok qui provient des gousses des fromagers de notre quartier.




 Et pour conclure notre belle buse cendrée a enfin daigné se montrer sous son meilleur jour en posant plein soleil sur l'arbre à pain situé devant la résidence. Bonne journée.





Le sentier de la réserve Trésor

Avant le retour d'un confinement partiel nous profitons d'une journée de disponible pour partir à 1 heure de Cayenne et nous promener au sein de la réserve Trésor située entre Roura et les marais de Kaw. Nous avons déjà fait cette petite randonnée et elle nous avait apporté son lot de belles surprises.

Nous pénétrons rapidement en pleine forêt et l'ombre des grands arbres nous protège immédiatement de la morsure du soleil. Le sentier n'est pas large mais suffisamment marqué et cela nous immerge un peu plus dans cette nature luxuriante. L'inconvénient est qu'il faut ouvrir grand les yeux pour ne pas glisser sur une racine tout en faisant attention aux branches qui pourraient se trouver à mi-hauteur et de temps en temps lever la tête car la canopée bruisse de sons non identifiés. Heureusement nous sommes quatre et nous pouvons nous répartir les zones d'observations pour essayer de ne pas passer à côté d'une belle découverte.
Au milieu de tout ce vert, les éléments colorés sont évidement facilement repérables et cela concerne surtout les plantes. Celle présentée ci-dessus et à droite est plutôt commune, il s'agit de la Canne Congo ou Costus Scaber. Plante de sous-bois, elle est facilement reconnaissable notamment par le port caractéristique des tiges en colimaçon. Grâce à cette structure, les feuilles sont parfaitement horizontales et toutes disposées vers l'extérieur évitant ainsi de se faire mutuellement de l'ombre et optimiser la récupération du faible rayonnement solaire. Encore une belle adaptation ! J'essaierai de faire une photo plus démonstrative.

Nous continuons notre lente progression et restons attentifs au moindre mouvement qui pourrait apparaître dans notre vision périphérique. Si l'animal ne bouge pas alors on passe tout à côté sans le voir. Et justement un objet non identifié vient de bondir à moins de 2 mètres sur le sentier avant de s'immobiliser. Trop tard pour lui ! Il est repéré. Nous avançons prudemment pour ne pas le faire fuir...
...un magnifique dendrobate à tapirer (voir l'article Les sentiers Trésor et Coq de roches). Encore plus beau que la première fois car nous n'avions pu déceler la couleur bleue. Je vous laisse apprécier.




Cette sortie commence bien et maintenant faisons un petit tour dans la canopée. Bien sûr vue du sol car aujourd'hui pas de pont de lianes ni de rappel. Des cris d'oiseaux retentissent de tous côtés aussi différents les uns des autres et à part des vols très furtifs rien de photogénique. Pourtant un raffut particulier nous pousse à nous arrêter plus longuement, il y a comme une sorte de combat de volatiles au-dessus de notre tête mais nous ne pouvons qu'imaginer car la densité des feuilles est trop importante. Comme au sol, il faut surveiller les mouvements périphériques et faire preuve de patience. Et la patience paie. Près de 5 minutes à observer et soudain, le calme revenu, elle fait son apparition, bien posée sur une branche à plus de 20 mètres de haut, elle, la Pénélope Marail, espèce endémique de l'Amérique du sud. Certains la traitent de pintade et elle fait le régal des chasseurs, dans tous les cas elle vit essentiellement de fruits dans les arbres et descend rarement au sol. Je viens de "capturer" mon 58° oiseaux en Guyane.

Je vais rester encore 5 minutes à l'observer mais elle sera plus patiente que moi et ne changera pas de pose. 

La promenade se poursuit et on se demande bien si la chance va continuer à nous sourire. Toujours autant de bruit mais rien de bien visible et une fois encore c'est le monde du tout petit qui va nous donner une belle observation.
Grâce à Laurent, surnommé Œil de Lynx, à l’affût de la moindre forme ou ombre anormales, nous tombons sur un bébé mygale, un mygalon, aperçu en contre-jour sur une large feuille de palmier. Inutile de dire que pour le prendre en photo c'est quasiment en mode macroscopique. Et hop ! Dans la boîte.

Encore 30 minutes de randonnée sans nouvelle surprise, juste profiter du moment présent et admirer ce que la nature veut bien nous laisser voir si l'on se donne la peine de prendre le temps.







Nous rejoignons le parking juste avant l'arrivée de la pluie et reprenons tranquillement la route pour Cayenne. Un véhicule revient sur moi plutôt vite aussi je cherche un bas-côté praticable pour le laisser me doubler et cette manœuvre anodine qui va me faire perdre une trentaine de secondes va avoir une conséquence incroyable !

Nous roulons prudemment depuis une quinzaine de minutes sur une portion de bitume un peu abîmé lorsque Laurent aperçoit dans l'herbe sur notre droite un paresseux à plat ventre qui cherche à traverser. Le temps de m'arrêter, faire marche arrière et me garer le paresseux a atteint le goudron. Tout le monde descend et nous assistons en direct au sprint de l'aï, car il possède trois griffes à chaque patte, qui franchit au plus vite cet obstacle, la route, véritable danger mortel. Contrairement aux apparences et à mes idées reçues, il se déplace plutôt rapidement au sol et à part une pause aux pieds des arbres pour nous observer à son tour, évaluation de la menace peut-être, il a effectué sa manœuvre d'un trait.





Et dès qu'il a touché le premier tronc, il a fait preuve d'une extrême agilité digne d'un varappeur de haut niveau. Quel spectacle ! J'ai bien fait de laisser passer le véhicule...












dimanche 7 juin 2020

La cigale de Guyane

Comme nous avions un créneau de 2 heures nous sommes partis nous promener non loin de chez nous, en empruntant le sentier de la colline de Montabo. On se situe à Cayenne et pourtant en à peine quelques mètres on se retrouve en pleine forêt tropicale. Le sentier en aller-retour fait environ 4 kilomètres et nous donne accès à la mer à 2 reprises.


Un petit parking proche de l'Institut de recherche et développement permet de laisser le véhicule en sécurité et le sentier démarre juste derrière les bâtiments. En ce moment une immense vasière occupe le littoral et je dis en ce moment car la côte guyanaise est soumise aux bancs de limons évacués inexorablement par le fleuve Amazone situé à peine 500 km vers le Sud.

Le littoral guyanais évolue donc par cycle de 5 à 10 ans en passant de la vase à la mangrove, enchevêtrement de branches et de racines de palétuviers et vice et versa.


Ce sentier est très fréquenté mais aujourd'hui nous ne croiserons pas plus d'une dizaine de personnes. La végétation est dense et nous entendons beaucoup plus que nous ne voyons. Au programme du jour, un serpent très fin d'un mètre, un agouti, un iguane et des lézards. 


Côté mer, des oiseaux bien sûrs mais point de dauphins ni de lamantins. Nous reviendrons à marée haute !


Sur le retour nous sommes bien sûr soumis aux bruits stridents des cigales toujours aussi invisibles. Et bien aujourd'hui elles se laissent enfin apercevoir. Là, sur le tronc d'un arbre proche du sentier, une cigale apparaît distinctement en contre-jour. Nous savons enfin à quoi cela ressemble. Pas loin de 5 cm de longueur, de magnifiques ailes translucides et une teinte verdâtre.




Nous nous approchons en douceur et pouvons en distinguer 3 autres sur le même tronc. Et comme par hasard, c'est une cigale que nous trouvons prise au piège d'une toile d'araignée un peu plus loin. N'écoutant que notre courage, nous la libérerons du traquenard dans lequel elle était tombée.



Je vous laisse profiter du chant mélodieux de la cigale libérée appelé cymbalisation, résultat de la déformation d'une membrane et non pas stridulation comme pour un criquet qui frotte 2 parties de son corps.