dimanche 13 décembre 2020

Le pavillon Joseph Ho Ten You - Vaval, pa kité nou !


Alors que la question se pose de voir se dérouler le carnaval 2021, nous sommes allés visiter le Pavillon Joseph HO-TEN-YOU situé dans l'ancien hôpital Jean Martial qui bordait la place des palmistes. Le site complet doit être réhabilité pour ce qui devrait devenir la future Maison des Cultures et des Mémoires de Guyane.  Mais c'est une autre histoire.


Pour information, Josep Ho Ten You, né le 03 janvier 1942 à Régina et disparu à l'âge de 72 ans, était un chirurgien-dentiste qui s'engagea en politique et devint président du département.

La programmation actuelle concerne donc le carnaval et nous propose une approche des festivités par les costumes, le carnaval de rue et de l'intérieur. C'est parti pour "Vaval, pas kité nou !", pas besoin de parler créole pour comprendre.

Je vous laisse avec la photo suivante pour quelques repères historiques.


La danse est évidemment au coeur de l'évènement et des cours sont même initiés en 1998 au profit de la communauté universitaire. Ils seront vite ouverts au public. C'est l'occasion d'apprendre aussi les règles à respecter dans les dancings, et l'attitude à avoir en tant que Touloulou comme savoir respirer sous le masque (même sans Covid) ou comment tenir la forme toute la nuit. Les danses principales sont la valse créole, la biguine, la mazurka et le piké djouk.


La confection textile occupe aussi une place prépondérante dans l'élaboration des tenues carnavalesques notamment celles des bals parés-masqués. C'est quasiment une affaire de professionnels allant des couturières installées dans les quartiers modestes à ceux et celles qui ont pignon sur rue et présentent carrément des collections annuelles. Vous êtes tentés ? Alors n'hésitez pas à louer une tenue.



Je vous en ai déjà parlé lors du carnaval 2020 mais je profite de cette exposition pour vous montrer de façon exhaustive les nombreux personnages emblématiques du carnaval traditionnel guyanais. Ces personnages sont issus du vécu, des croyances, des mentalités, de l'histoire de la Guyane ou inspirés par les migrations qui ont marqué le territoire, évidemment sur le ton de la dérision. Cependant certains personnages ont petit à petit disparu du paysage et désormais ils n'apparaissent que sporadiquement portés par des carnavaliers solitaires. Certaines personnes attachées à la tradition essayent néanmoins de les valoriser en ayant obtenu qu'un dimanche de cavalcade leur soit consacré.



















Les trois images ci-dessous permettent d'évoquer l'un des moments forts du carnaval, le vidé. A l'origine, la tradition voulait que tous les bals et les défilés se terminent par un vidé. L'orchestre vide la salle et les rues, entraînant avec lui danseurs et spectateurs.

A Cayenne, les vidés étaient le point de ralliement de tous, déguisés ou non. Chaque dancing organisait son vidé à travers la ville, les cortèges se croisaient et rivalisaient au cours de leurs déambulations.

Plus tard, les vidés évoluent avec un orchestre juché à l'arrière d'un camion et une foule de gens dansant autour et se déplaçant très lentement dans les rues.




Enfin pas de carnaval sans Touloulou et ses vêtements et accessoires qui vont concourir à son anonymat. A l'origine, la métamorphose concerne aussi la morphologie et les considérations esthétiques sont secondaires. La grande majorité des tenues a comme élément principal une robe créole en coton, permettant le rembourrage des fesses et de la poitrine avec des coussins. La femme ainsi parée est déformée voire grotesque, jouant la carte de la dérision.

Au fil du temps la recherche esthétique prend le dessus et le Touloulou se soucie toujours de ne pas être reconnu mais ne cache plus ses formes réelles. Les robes doivent bientôt susciter de l'admiration.

Divers accessoires contribuent aussi à préserver l'anonymat car aucun morceau de peau ne doit être visible. On peut citer cagoule, fichu, perruque et chapeau. On cache aussi le visage derrière un loup et des gants couvrent les mains. Quant aux pieds on les cache sous des chaussettes, des bas et autres collants.

Quant à son comportement, le Touloulou doit être irréprochable et ce personnage emblématique doit connaître tous les codes et rites du bal. Pour lui faciliter l'apprentissage il dispose même d'un texte officiel composé de 10 commandements. Bonne lecture.



Cavalcade à vélo !





samedi 28 novembre 2020

Les coqs des roches

Juste un petit coucou pour vous présenter madame "coq des roches" que nous avons surprise dimanche dernier lors d'une petite promenade sur le sentier du même nom. Elle était en compagnie de 3 messieurs qui lui ont fait la cour en vain.


Mais où est-elle ? La voilà ! Vue sa tunique foncée, c'est un moment rare auquel nous avons pu assister.




Quant aux mâles éclatants, ils sont plus faciles à apercevoir mais nous sommes restés près de trente minutes en observation avant de les avoir juste devant nous hors des branchages qui obstruent souvent notre vision.





Encore un beau moment !


Visite des installations extérieures du Centre spatiale guyanais

Après les savanes maintenant place aux installations techniques. Le Centre spatiale ouvre aussi ses portes le samedi pour une sortie de 3 heures environ au sein de ses 700 km2 de territoire. Une fois passés les contrôles de sécurité sous le hall Jupiter, nous embarquons à bord d'un confortable bus et à nous les zones interdites !


Nous partons donc du centre de contrôle Jupiter situé à 15 km d'Ariane et de Vega et à 27 km de Soyouz. Le jour d'un lancement tous les responsables y sont rassemblés et après une chronologie de plusieurs heures arrive enfin le décompte final : 10, 9,........1, Allumage...Décollage ! Hélas pour nous, un lancement Vega est prévu dans 48 h et nous ne pourrons donc pas accéder à ce bunker qui est en pleine effervescence à cause des répétitions.

Avant le spectacle magique d'une fusée s'arrachant de la Terre, il y a évidemment de très nombreuses opérations à réaliser et cette visite va nous permettre de mieux appréhender les différentes étapes. La météo est bien sûr un élément essentiel et le centre dispose de sa propre station. Bien qu'ils ne craignent pas la pluie, les lanceurs sont par contre très sensibles à la foudre et au vent. Au moindre risque, on reporte le vol, on ne plaisante pas avec les millions d'euros de matériels embarqués. Même le transfert des éléments du lanceur est soumis à autorisation météo.

La première étape est l'assemblage des satellites et parallèlement se construit le lanceur lui-même avec ses 3 étages. Pour se faire on utilise une table de lancement qui va pouvoir passer d'un bâtiment à l'autre grâce à une double voie ferrée. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais il faut imaginer un gigantesque mécano vertical avec cette table qui va accueillir progressivement tous les éléments d'un lanceur, les propulseurs à poudre, les différents étages techniques, la coiffe avec ses satellites.

Station météo à gauche et bâtiment d'assemblage à droite

La table de lancement est totalement mobile puisque la préparation du lanceur se déroule sur trois zones distinctes et éloignées les unes des autres. La table renferme toutes les fonctions allant de l'énergie à l'informatique en passant par la climatisation, l'éclairage, les systèmes d'alarme, la vidéo. La table sert a supporter le lanceur et est capable de résister aux flammes du décollage protégeant ainsi l'ensemble des systèmes embarqués.

La table embarque enfin différents moyens de communication, comme les liaisons de télémesure et de télécommunication, les équipements pour l'analyse du lancement. Le client peut à tout moment dialoguer avec son satellite dans la coiffe grâce à une liaison optique qui suit la table lors de ses déplacements.

Table de lancement

La visite se poursuit et nous atteignons la zone de lancement d'Ariane 5. Nous pouvons descendre du bus et ainsi mieux nous rendre compte du caractère hors norme des installations. La tour au centre où s'accrochera la table notamment pour la jonction des fluides fait plus de cinquante mètres de haut quant aux 4 pylônes anti-foudre ils frôlent les 100 m.

Voyez-vous également les 3 structures en béton situées à gauche sur la photo ? Techniquement on les appelle des carneaux et ils vont permettre d'évacuer le plus rapidement possible les gaz de combustion des moteurs du lanceur, le moteur Vulcain et les deux propulseurs (à peu près 11 m de hauteur pour 8 m de largeur en moyenne et 55 m de long).

Zone de lancement d'Ariane 5

Tour d'accrochage de la table de lancement

Le guide nous montre aussi cette très grande tour de 100 m de haut un peu excentrée par rapport aux installations principales, il s'agit d'un château d'eau. Mais pourquoi un château d'eau ? Imaginez un instant la puissance du moteur Vulcain, la moitié de celle de tout notre parc nucléaire, inimaginable en fait et bien cela induit un effet sonore et des propulsions de matières une fois de plus inimaginables avec un impact direct sur toutes les structures. 

Et bien son rôle c'est de noyer les carneaux sous un déluge d'eau. Il est capable de déverser 30 m3 d'eau par seconde au moment du décollage. Le principe du déluge est de déployer une couverture liquide aussi dense que possible pour deux fonctions : 

- protéger la table des effets directs du jet des propulseurs (risque d'endommagement thermo-mécanique, chimique, corrosion…) 
- atténuer le bruit en augmentant de façon artificielle la densité du milieu dans lequel se propage l'onde acoustique.

Château d'eau

Je ne résiste pas à l'idée de vous parler une dernière fois de la table. Sa base mesure 25,5 mètres sur 20,9 mètres pour 5 m de hauteur. Sa masse, à vide, est de 870 tonnes et atteint 1715 t avec le lanceur rempli. L'ensemble est posé sur 4 boggies disposant chacun de 16 roues et pour tracter cette masse sur les 4 km qui la sépare de la zone de lancement, un camion à 16 vitesses est nécessaire pour atteindre les 4 km/h en pleine charge. 8 chauffeurs sont formés actuellement pour exécuter cette manœuvre extrêmement périlleuse.

La table à 4 km de voie ferrée de sa zone de lancement


Avant de quitter la zone, nous pouvons aussi apercevoir les installations destinées au lanceur  Vega. Le portique mobile de Vega permet de procéder aux opérations d’assemblage et d’intégration du lanceur. Une salle du centre de contrôle a été spécialement aménagée pour accueillir l’équipe Vega qui profite ainsi non seulement du Centre de lancement le plus moderne de la base, mais également de l’expérience opérationnelle de l’équipe Ariane 5 qui travaille dans le même bâtiment. Pour appréhender la différence fondamentale entre Ariane 5 et Vega, la première dispose de 750 t de poussée au décollage contre 136 t pour Vega.

Zone de lancement de Vega


Nous reprenons notre bus pour une dizaine de km supplémentaires et atteindre la troisième zone de lancement du centre spatial qui permet l'utilisation des lanceurs Soyouz dont le premier a eu lieu en octobre 2011. Soyouz est utilisé pour placer en orbite les satellites qu'Arianespace doit lancer lorsque la taille ne justifie pas l'utilisation d'une Ariane 5.

Centre de lancement et bâtiment d'assemblage Soyouz

Les installations de lancement et les procédures mises en œuvre sont pratiquement identiques à celles du site mondialement connu de Baïkonour. Ainsi contrairement à la méthode européenne, le lanceur est assemblé à l'horizontale dans un bâtiment d'intégration. Pour le reste on retrouve l'acheminement par voie ferrée jusqu'à la zone de lancement distante de 650 mètres. Son carneau consiste en une fosse profonde pour évacuer les gaz moteurs. Un portique mobile construit en Russie, mis en place début 2009, est utilisé pour assembler le dernier étage et le satellite sur le lanceur une fois celui-ci parvenu sur la zone de lancement et remis à la verticale. Ce dispositif n'existe pas à Baïkonour : le dernier étage et la charge utile sont assemblés avec le lanceur dans le bâtiment d'intégration avant le transport du lanceur Soyouz jusqu'au pas de tir. Cette méthode pour le dernier assemblage a été mise en place pour s'assurer de l'uniformisation des procédures finales même si l'assemblage et le lancement sont effectués par des équipes russes.


Zone de lancement Soyouz

Pour l'Histoire, le lanceur Soyouz cumule le plus grand nombre de lancements au monde. Il a mis en orbite le premier satellite (Spoutnik en 1957) et le premier homme dans l’espace (Youri Gagarine en 1961). Il compte à son actif plus de 1900 lancements. Son taux de réussite est de 98%, fiabilité quasiment parfaite.

La visite est bientôt terminée mais il reste encore un dernier site qui représente le futur, celui d'Ariane 6. On y retrouve toutes les caractéristiques des autres installations et pour la méthode d'assemblage on mise sur l'horizontalité avant une remise à la verticale pour le lancement. Toute la structure à gauche haute de 90 m se déplace sur 150 m. Elle pèse près de 9000 t et est posée sur 16 boggies à 8 roues. Malheureusement des retards dans le programme repoussent successivement la date du premier lancement et nous ne pourrons sûrement pas le voir avant la fin de notre séjour.

Zone de lancement d'Ariane 6


Voilà une visite "technique" pleine d'intérêts et pour les fanas de spatial je vous invite à consulter les 2 sites suivants qui m'ont beaucoup aidé :

- http://www.cnes-csg.fr/

- http://www.capcomespace.net/dossiers/espace_europeen