dimanche 2 août 2020

Régina

Les camps sont enfin ouverts et on va pouvoir retourner en forêt passer quelques jours. Ce sera le camp Cisame, situé sur le fleuve Approuague à 2 heures de pirogue du bourg de Régina. Nous avons rendez-vous à 9 h 30 au débarcadère et nous quittons donc Cayenne vers 7 h 30 car il faut envisager 1 h 40 de trajet (120 km) en empruntant la RN2, surnommée la Route de l'Est.

Cette route a été réalisée très progressivement depuis les années 1970. A l'origine juste une piste de latérite jusqu'à Régina puis le dernier tronçon de 80 km pour atteindre Saint-Georges a été ouvert à la circulation en décembre 2003. Nous arrivons au carrefour vers Régina facilement repérable avec sa statut de légionnaire qui rappelle la participation des militaires du 3° REI aux travaux d'ouverture de la route.


3 petits kilomètres et nous voilà à bon port. Une brigade de gendarmerie, 3 véhicules de pompier, une école primaire, une poste, une mairie et un écomusée composent l'essentiel de ce petit bourg qui doit son nom à Louis Athanase Théophane Régina dont le buste trône au bord du fleuve.



Profitons du guide de Guyane pour découvrir un peu l'histoire économique de cette région. Elle commence vers 1770, époque à laquelle on entreprend des cultures sur les terres inondables riches. On y trouve alors cacao, roucou, indigo, épices, coton et sucre. Un ingénieur suisse, Samuel Guisan, spécialiste des travaux d'assainissement, va intervenir dans ce grand projet et accepte de s'occuper des marais qui ceinturent Cayenne et ceux de la rive gauche de l'Approuague.



En 1789, Guisan entreprend le tracé du canal Roy reliant l'Approuague à la rivière de Kaw, canal creusé à la main par les esclaves qui dressent aussi de nombreux polders. L'ingénieur Guisan laissera son nom au village de Guisanbourg aujourd'hui abandonné.

Vers 1855, la découverte de l'or sur un affluent de l'Approuague provoque l’effacement de l'économie agricole au profit de pratiques extractives beaucoup plus lucratives. Si l'or remporte un grand succès, s'y ajoutent l'essence de bois de rose et la gomme de balata. Trop éloigné des placers, les sites d'extractions, Guisanbourg s'éteint petit à petit devant le développement des nombreux comptoirs marchands situés plus en amont sur le fleuve. C'est dans ce contexte que naît Régina qui atteindra 3000 habitants à son apogée.

Après 1945, le bois de rose a quasiment disparu et le cours de l'or chute. Les départs massifs commencent et Régina décline peu à peu. Aujourd'hui avec 800 habitants ce bourg mise sur son fleuve et son écomusée pour maintenir une activité touristique. Pas de chance pour nous, avec l'épidémie, le musée est fermé alors on devra revenir.






Nous arrivons à l'embarcadère où déjà sont rassemblés quelques touristes qui rejoindront aussi le Camp Cisame. Nous nous garons près de la mairie et effectuons un petit tour du quartier avant de retrouver notre guide qui nous offre un café de bienvenu et nous explique le programme des trois jours à venir.



Tout le monde est arrivé et COVID oblige, nous devrons porter le masque pendant le trajet en pirogue et nous regrouper par "famille". Nous sommes 12 et avec Béa nous allons avoir notre propre petite embarcation. Cool ! En fait nous verrons plus tard que c'est moins confortable que la grande pirogue.


Nous quittons l'embarcadère pour remonter l'Approuague pendant 2 heures environ et profitons une dernière fois de la vision fluviale des quelques maisons de Régina car désormais nous allons naviguer entre 2 murs de végétation luxuriante.







dimanche 19 juillet 2020

Le sentier du Golf à Kourou

Après Sinnamary le weekend dernier petit tour aujourd'hui à Kourou pour faire une balade autour du terrain de golf de la ville spatiale. Pour le trouver, facile, il suffit de prendre la direction du CSG et de se garer sur le parking visiteur juste avant la maquette géante grandeur nature de la fusée Ariane V.

Le circuit fait un peu plus de 4 km et il est possible de rajouter 2 km en effectuant un aller-retour sur l'ancienne route nationale 1. On va évoluer au plus près du terrain de golf mais toujours sur un sentier bordé d'un rideau de végétation qui nous protégera quasiment tout le temps du soleil. C'est une balade familiale sans aucune difficulté sauf...les nombreux chablis qu'il va falloir contourner ou le plus souvent enjamber.  On commence à être habitué.


 

Nous passons le long d'un canal caché par la végétation et le chemin est parfois humide car il y a aussi des marais. Il paraît que l'on peut voir des mammifères car la zone est totalement protégée mais pas aujourd'hui. On va se contenter des oiseaux et surtout d'une bonne oxygénation en ces temps de confinement qui laissent peu de place à de grands déplacements.



Nous nous arrêtons fréquemment pour observer et écouter. Faute d'animaux pour l'instant nous profitons des décors proposés par une nature toujours autant luxuriante et dès que la lumière joue avec l'eau, le spectacle est au rendez-vous.


Parfois de grands espaces nous permettent d'avoir une vue plus lointaine et on espère alors apercevoir le félin le plus célèbre de Guyane, le jaguar, car il traverserait parfois ces immenses zones complètement sécurisées pour lui car la chasse y est interdite.


Point de jaguar, alors un grand tamanoir peut-être ? Non juste son repas !


Encore un chablis puis du vacarme dans la cime des arbres. Avec le soleil dans les yeux pas facile d'apercevoir les chahuteurs. Je vais donc devoir retoucher la photo car sur le moment c'est surtout à un spectacle d'ombres chinoises que nous avons assisté. Bonne surprise lors de l'analyse à la maison, un magnifique Caïque à tête noire appelé encore Caïque Maïpouri.







Une borne kilométrique nous rappelle notre position et surtout l'existence du duathlon de Kourou qui se déroule à la fin du mois de Janvier. 4,3 k à pied puis 22,5 de vélo et encore une boucle à pied.


Le long de l'ancienne route nationale 1 que nous empruntons pour un aller-retour se trouvent de grands espaces de savanes et les oiseaux sont nombreux. Ces 2 là sur une branche me laissent approcher sans sourcilier mais il me faut encore les identifier. Si vous avez une idée je suis preneur !



 Là un pic ouentou cogne fort sur un tronc de palmier, ici un tyran des savanes pose pour la postérité.


Un dernier virage à gauche et c'est la ligne droite qui nous ramène au parking avec vue sur la maquette, on ne peut pas se tromper. Voilà un petit sentier bien agréable à la portée de tous qui vous prendra 1 heure 30 et qui pourra vous réserver de belles surprises !


mardi 14 juillet 2020

Le sentier de l'anse à Sinnamary

Jeudi 9 juillet.

Le couvre feu en semaine est à 17 h aussi nous avons une bonne journée devant nous pour organiser une sortie sur un sentier éloigné de Cayenne. Il y en a encore un que nous n'avons pas fait, c'est celui de l'Anse situé sur la commune de Sinnamary. Il va nous falloir 2 heures pour atteindre le point de départ de cette randonnée. Il faut traverser la commune par sa rue principale puis prendre à droite la rue Barbé Marbois. On enjambe rapidement le pont Philippon puis encore une dizaine de kilomètres d'une piste correcte nous amène à une barrière et le panneau d'information du Centre spatiale guyanais qui présente la balade.


Historiquement, la piste bitumée que nous avons empruntée était l'ancienne route qui menait à Kourou. Le parcours qui nous attend fait 15 km en aller-retour et comporte 5 stations pédagogiques qui nous permettront de mieux comprendre les particularités biologiques de ce morceau de Guyane. Le sentier est la plupart du temps couvert par une végétation qui laisse peu passer la lumière ce qui ne facilitera pas les prises de vue photographiques mais nous protégera de la morsure du soleil. Pour l'instant le sol couvert de feuilles est très sec et nous les faisons craquer quasiment à chaque pas, pour la discrétion on repassera !



La nature nous réserve toujours des surprises et voilà une termitière qui se carapate à notre approche. Mais où a-t-elle la tête ?


Nous atteignons le PK 2 où se trouve la première halte pédagogique relative au marais. Un joli kiosque de bois est bâti au bout d'un ponton et nous offre une très belle vue entre mangrove et cordon dunaire. Quelques oiseaux survolent la zone et bien sûr les grenouilles assurent la partie concert. C'est un endroit très agréable pour une première pause fraîcheur. 






Nous reprenons notre progression et bientôt un magnifique Anis des palétuviers transperce la végétation  tel un éclair bleu juste devant nous. Ils sont nombreux et on les entend très bien, par contre difficile d'en "capturer" un. A propos de végétation, nous arrivons bientôt devant un immense arbre totalement envahi par un philodendron qui a développé une quantité impressionnante de racines aériennes, c'est un courbaril. Il est connu sous un autre nom moins glamour, le caca chien en référence à la forme de son fruit.  Mais ne nous y trompons pas, ce fruit contient des graines rondes et brillantes entourées d'une pulpe très appréciée. L'autre intérêt de cet arbre c'est qu'il possède des branches qui poussent presque horizontalement ce qui nous change de la verticalité habituelle des grands arbres tropicaux.



Le chemin reste agréable et bientôt un premier chablis nous barre la route. Il va y en avoir d'autres et ils ne seront pas tous faciles à contourner.  Le coupe-coupe n'aurait pas été inutile ! grrrrrrrrrr ! Sinon l'autre point noir de ce circuit c'est les moustiques et les mouches, impossible de s'arrêter plus de 10 secondes ! Bon les mouches, on s'habitue car finalement elles se posent sur nos couvre-chefs mais les moustiques...



Heureusement que les oiseaux sont là pour nous distraire. Ils apparaissent furtivement sous le couvert végétal et par moment il y en a vraiment beaucoup et de nombreuses espèces. Là un martin-pêcheur nain, ici un jacamar vert ou encore un tyran féroce.




Bientôt la forêt de Moucaya, sorte de palmiers, et toujours un beau sentier couvert qui me permet de découvrir, soit Béatrice juste derrière moi soit...un agouti juste devant.




 



Encore un chablis qui nous oblige à nous baisser puis peu de temps après un grand brouhaha dans les arbres nous immobilise. Des cris, des branches qui bougent mais toujours rien de visible. Puis enfin un premier animal descend le long d'un tronc, un singe ? Non plutôt un mammifère, assez longiligne, court sur pattes avec une longue queue en panache. Impossible à identifier sur le moment. Il en descend de tous les côtés mais la densité de la végétation m'empêche de "figer" la bestiole. De retour à la maison j'ai essayé de donner un nom à cet inconnu et j'ai d'abord trouvé la teyra, sorte de martre qui affectionne les marais et qui est décrite comme suit : Pelage noir sur la plus grande partie du corps avec une queue assez longue et touffue. Mais voilà en examinant de près mon cliché flou, je crois aussi voir un coati, petit animal arboricole qui vit en bande dans la région et qui n'hésite pas à se poster à mi-hauteur sur un arbre pour nous observer, comme sur la photo. Il va falloir y retourner.



Nous venons de passer un très bon moment car c'est la première fois depuis le début de notre séjour que nous avons en milieu naturel autant d'animaux en même temps et aussi près surtout. Les oiseaux continuent également de nous surprendre et voilà maintenant un pic jaune qui me laisse un peu de répit.




Sinon une grenouille bien sûr, une sortie sans grenouille ce n'est pas possible !


Un dernier chablis nous bloque à 500 m de l'objectif final. Il faudra vraiment revenir et équipé d'un sabre cette fois. 

Retour par le même chemin bien sûr et pose devant une fourmilière en attendant le tamanoir qui vit dans cette zone littorale. On n'a pas attendu assez longtemps pour le voir. Une dernière halte au kiosque en bois va me permettre de compléter ma collection d'oiseaux en y ajoutant un magnifique Synallaxe à gorge jaune. Il faudra vraiment refaire cette sortie !