dimanche 8 mars 2020

7 semaines de carnaval

Et c'est parti pour 7 semaines de carnaval. Je vais utiliser le lexique fourni par la ville de Cayenne pour essayer de synthétiser toutes les informations qui circulent sur cet événement majeur dans la vie d'un guyanais. Pendant toute cette période les gens pensent, respirent et vivent Carnaval. Inutile de dire que tout le "pays" tourne au ralenti ou à tout le moins s'adapte à la fête.

En pratique chaque week end est l'occasion de parades et de bals et bien souvent les festivités commencent dès le vendredi soir.

Une particularité bien locale est la présence du touloulou. C'est le plus célèbre des personnages qui représente une dame élégamment habillée de la tête aux pieds. Pas un centimètre de peau est visible, jupons, longs gants, cagoule, masque, tout est fait pour qu'elle ne puisse pas être reconnue. Si elle participe aux défilées, c'est surtout la reine des bals parés-masqués, autre grande institution. Ces soirées ont lieu les vendredis et samedis soirs et sont organisées par les dancings ou "Universités". Les femmes déguisées sont les seules autorisées à danser et à choisir leur cavalier. On y danse mazurka, biguine et pikédjouk, cette dernière danse voyant les danseurs très "collés". Selon la tradition si une femme non déguisée danse alors l'orchestre s'arrête.

Et pour ceux qui n'en ont pas encore assez alors il reste l'épreuve du vidé. Simple, il faut "vider" la salle de bal. On invite donc la foule présente à se rassembler dès l'aube quelque part en ville pour suivre un orchestre endiablé juché sur un camion avec le son à fond et jusqu'à l'épuisement. 

Pour conclure je vais vous décrire quelques personnages clés que l'on rencontre lors des parades et que nous aurons l'occasion de voir à Cayenne et à Kourou.

Sans ordre particulier nous pouvons citer les Nèg'marrons qui sont des groupes de personnes vêtues d'un kalimbé, sorte de pagne rouge, et enduits d'huile et de suie dont ils cherchent à s'essuyer sur les passants. C'est une représentation des esclaves fugitifs, appelés marron, du verbe "marronner", qui signifie fuir la colonie pour la forêt. (photo issue de Guyane la première).



On trouve également la tradition du jet de farine appelée ici le "Jéfarin". Le costume doit être tout blanc avec pantalon, chemise et un grand chapeau pointu. Et bien sûr lorsque les enfants veulent approcher les carnavaliers ces derniers les saupoudre de farine.


Nous n'avons pas pu voir le personnage suivant mais en avons trouvé une sorte de sosie puisqu'il s'agit d'un personnage 2 en 1, le Karolin. Normalement c'est un bonhomme vêtu d'une queue de pie et chapeau accroché sur le dos d'une mégère.


Pas de carnaval sans la mort ici surnommée "Lanmo". Ce personnage symbolise bien sûr les âmes qui errent sur terre, il défile dans une tenue blanche sur laquelle est peint un squelette. Lorsqu'il s'approche d'un passant, il l'entoure de sa cape blanche tout en dansant. Lors du défilé de Cayenne, nous avons trouvé un Lanmo exceptionnel, c'est l'âme d'un cheval que nous avons vu passer devant nous.


Il y a bien d'autres personnages et nous essaierons de faire mieux l'année prochaine pour les distinguer au milieu du défilé et pouvoir vous les proposer. Mais le carnaval n'est pas terminé...


vendredi 6 mars 2020

Le Roi Vaval arrive en Guyane

Le 26 février dernier, mercredi des cendres, signifiait la fin du carnaval de Guyane et avec lui 7 semaines de folie. Il était une fois...

Le carnaval est en Guyane une véritable institution. Comme dans l'ensemble des Antilles, le carnaval a eu pour origine les festivités venues d'Europe reprises exclusivement par les colons. Défiant l'interdit, les esclaves organisent alors des fêtes clandestines afin de retrouver un peu de liberté et ne pas oublier leurs traditions africaines. Depuis, l'histoire a métissé le carnaval reflétant ainsi toutes les couleurs ethniques de la Guyane.

Le samedi 11 janvier nous nous sommes rendus place des palmistes pour assister au coup d'envoi des réjouissances. Une scène a été montée et un animateur fait le show accompagné d'un fond sonore déjà très rythmé et ce n'est que le début. L'ambiance monte crescendo et bientôt une partie de la foule commence à montrer des signes d'agitation. La musique se fait plus forte et un premier personnage indescriptible fait son apparition quasiment suivi d'une autre figure plus représentative cette fois. Le roi Vaval vient d'arriver. Figure mythique, c'est le roi du carnaval. Les festivités sont lancées pour 7 semaines.


Chaque année il apparaît sous des traits différents mais il doit toujours représenter toutes les races et les cultures de la Guyane et comme il est écrit sur Guyane-Amazonie : il célèbre la grâce des Créoles, la sensualité des Brésiliennes et la force mystérieuse des Neg'marrons. Il commence son tour de piste et se présente au plus près de la foule en prenant son temps. Puis il finit par rejoindre la scène où l'attendent quelques personnalités dont la maire de Cayenne et Miss Guyane 2020. 



La nuit est tombée et la musique bat son plein. Nous contournons le dispositif pour tenter d'approcher Sa Majesté qui a quitté la scène laissant maintenant l'espace à la foule qui s'est emparée de la Place des Palmistes. Et tout d'un coup, il est là devant nous, en train de se laisser prendre en photo. N'écoutant que son courage, Béatrice approche le mystérieux personnage qui prend la pause avec bienveillance, elle est désormais sous la protection de Vaval !




jeudi 5 mars 2020

Les marais de Kaw

Pour ceux qui nous suivent, je ne vais pas vous refaire le couplet sur Roura et ses alentours. C'est ainsi qu'un vendredi après-midi nous avons repris le chemin vers cette petite bourgade puis continué sur l'unique route pour atteindre 50 km plus loin le dégrad du marais de Kaw. Nous avons rendez-vous avec l'équipage du Morpho, une sorte de radeau couvert prévu pour accueillir une douzaine de personnes pour une nuit. Nous allons en effet voguer à 3 nœuds maximum à travers le marais puis nous immobiliser sur la berge à la tombée de la nuit, admirer le coucher du soleil, passer une nuit au son des grenouilles et rentrer aussi tranquillement le lendemain matin.

La première surprise de la journée est littéralement tombée du ciel. Alors que nous roulions prudemment sur la route abîmée, boum ! un OVNI est venu frapper le pare-brise et il nous a fallu quelques secondes pour comprendre qu'il s'agissait d'une minuscule grenouille encore agrippée fortement grâce à ses pattes ventousées. Petite pause le long de la route et début d'une séance photos.

Nous atteignons le dégrad à l'heure convenue et procédons à l'embarquement en prenant soin de ne pas mouiller nos chaussures que nous mettons d'ailleurs immédiatement dans un caisson étanche. A partir de maintenant pieds nus pour toute la durée du voyage !
Nous faisons connaissance avec nos futurs compagnons de route, ou plutôt de marais, et l'équipage composé de 2 personnes nous donne les consignes pour passer un bon moment.


De son vrai nom Réserve naturelle nationale des marais de Kaw-Roura, le lieu de notre périple est la troisième réserve naturelle de France, la deuxième étant aussi en Guyane ,celle de Nouragues, et la première les TAF, les Terres australes françaises. C'est par contre la plus vaste zone humide et la pluviométrie bat des records avec près de 4 mètres par an (En France le mont Aigoual a un record à 2 mètres). En ce qui nous concerne nous allons passer 24 h au sec !

Nous remontons maintenant la rivière de Kaw qui serpente au milieu d'une véritable prairie et de temps en temps l'une des berges est extrêmement encombrée par une végétation dense très caractéristique de ce milieu aquatique, les moucou-moucou, et pour se rappeler du nom, facile ! il y en a beaucoup-beaucoup !

Au-delà de la végétation particulière, nous allons aussi pouvoir observer de nombreux oiseaux comme des aigrettes (bleues, grandes, neigeuses, etc...) ou des hérons comme le Cocoï par exemple et bien sur des cormorans.

Et comme nous voguons au milieu d'une prairie, il y a des zébus. Bon d'accord, ce n'est pas une espèce naturelle et ils pâturent sereinement au milieu d'un décor tropical, parfaitement adaptés à la chaleur et à l'humidité ambiante. Ils sont élevés pour leur viande.











Cette sortie est très reposante, nous avons juste à profiter du spectacle et nous laisser porter tout en douceur. Une terrasse aménagée sur le toit de notre esquif nous permet de prendre de la hauteur et de mieux découvrir l'environnement. Des jacanas jacassent le long de la rive tandis que des tortues se prélassent sur des branches de moucou-moucou. Les cormorans jouent avec nous en se laissant approcher pour nous permettre d'apprécier leur décollage tandis que certains contournent avec élégance notre embarcation.







Cet après-midi se déroule sereinement et le Morpho commence sa recherche d'un lieu propice à l'accostage. En fait rien de plus simple, il prend un peu d'élan et se laisse glisser sur les herbes basses de la berge tel un aéroglisseur. Cinq à six mètres plus loin le mur de Moucou-moucou nous bloque le passage, il n'y a plus qu'à jeter l'ancre. Un petit caïman noir fuit à notre approche, c'est une espèce endémique du marais. A peine est-il parti que le maître d'équipage nous annonce l'ouverture de la piscine. Quelle blague ! Et quelques minutes plus tard il est en maillot de bain et se jette du toit-terrasse dans la rivière. La piscine est vraiment ouverte et nous le rejoignons bientôt pour un bain particulièrement agréable... dès que l'on oublie la présence du croco !



Après cet intermède très agréable, nous reprenons pied sur l'embarcation et rendez-vous est donné à toute la troupe sur la terrasse où nous attend le traditionnel ti-punch préparé par nos hôtes. En avant pour un moment de convivialité qui doit nous permettre d'attendre l'un des moments forts de cette sortie, le coucher du soleil. Nous allons être "servis" et le spectacle est garanti. Le calme règne sur le marais et le concert des grenouilles attend son heure. Très bel instant que l'on aimerait voir durer !



Sans que nous nous en rendions compte, l'équipage est redescendu discrètement et a transformé le rez-de-chaussée en véritable salle de restaurant avec ses petites tables de quatre. On s'installe et un repas à base de différentes salades (poisson, poulet boucané, légumes) nous est proposé avec en final du fromage et un dessert. Repas de prince vu l'endroit !



Maintenant il est temps de passer à la suite du programme à savoir une balade nocturne à la recherche du caïman noir.
On s'extrait de l'herbier puis l'embarcation reprend sa course lente au milieu du lit de la rivière. Seule une lampe est utilisée pour tenter d'apercevoir les 2 billes rouges qui signaleront la présence du saurien. Entre temps un piranha s'est laissé prendre, il s'agit ici d'une espèce "peureuse" et pas agressive, loin du monstre des films. Vite à l'eau !



La "chasse" au caïman se poursuit et les efforts du guide sont enfin récompensés. Le saurien, comme hypnotisé, se laisse approcher. C'est un très jeune et nous n'avons que quelques minutes pour l'observer car c'est une espèce protégée. Défense de toucher ! Il est posé dans les herbes et fini de lui-même par s'éloigner. Nous reprenons la traque mais cette fois nous nous contenterons de compter les billes rouges qui apparaîtront le long des berges.



Il est bientôt 22 h et notre équipage a de nouveau échoué le Morpho. Nous remontons sur le toit-terrasse le temps de transformer la salle à manger en dortoir. En moins de quinze minutes des banquettes sont descendues et fixées le long de tubes en aluminium, des moustiquaires les recouvrent et un ensemble oreiller, draps et couverture est mis à la disposition de chacun d'entre-nous. Le grand luxe. Il n'y a plus qu'à rejoindre nos couchettes et une fois tout le monde couché, la lumière est éteinte et nous nous retrouvons comme seuls au monde. En se penchant légèrement on peut apercevoir la voûte céleste étoilée. Du pur bonheur ! J'oubliais, il faut aussi compter sur le chant mélodieux des grenouilles qui va nous accompagner jusqu'à l'aube. Bonne nuit !


Elle fut presque bonne, la nuit, car entre le bruit des animaux nocturnes et la vague de chaleur qui nous est tombée dessus au petit matin, véridique, il y a eu quand même des phases d'éveil. Lors de ces moments, j'en ai profité pour me concentrer sur les sons et l'imagination est alors au maximum de sa forme, par ailleurs j'ai pu constater la clarté du ciel avec une magnifique vue sur la Voie Lactée. Le réveil est prévu de bonne heure et après un bain revigorant, pour certains, où un peu d'attente sur la terrasse, nous pouvons passer à l'étape petit-déjeuner. Là encore tour de passe-passe de l'équipage qui fait disparaître en un temps record l'espace nuit. Tout est compris, café, chocolat, thé, pain, biscottes, beurre, confiture, fromage, jus de fruit.





Sans nous en rendre vraiment compte, le Morpho s'extirpe en douceur de sa litière herbeuse et reprend le cours de la rivière de Kaw en sens inverse pour nous ramener au point de départ. Nous finissons ainsi de déjeuner tout en profitant de la nature qui se réveille aussi tranquillement. Encore 1 heure de navigation paisible et même un peu de pluie, juste trois fois rien, mais juste ce qu'il faut pour nous dessiner un magnifique arc-en-ciel et nous permettre de terminer ce voyage hors du temps en beauté.





Le dégrad apparaît bientôt et il nous faut quitter cette embarcation totalement atypique parfaitement bien conçue pour accueillir 12 personnes pour une nuit dans un espace apparemment confiné au premier abord mais finalement ne laissant jamais paraître l'impression initiale d’exiguïté. A recommander sans modération ! Bravo pour ce beau voyage !