dimanche 1 septembre 2019

Les chûtes Voltaire - épisode 2

Jeudi 15 août 2019 - 5 h 30
Après une nuit correcte c'est à dire à peine gêné par les moustiques, il est temps de se lever et de rassembler toute la troupe pour un petit déjeuner bien apprécié car je ne sais pas de quoi sera constitué le prochain pris en pleine forêt.
Nous nous rendons en véhicule chez Pierre, notre guide pour trois jours, à la sortie de St Laurent et nous transbordons nos affaires dans deux 4 x 4 car bientôt le bitume sera remplacé par de la latérite.

Notre groupe composé de Noémie, Mathilde, Luc, Romain, Laurent et Sébastien fait connaissance avec les 6 autres personnes qui se joignent à nous et à 7 h nous "décollons" car 10 km de route puis 60 de piste nous attendent  ensuite avant de mettre le sac au dos.


Nous quittons rapidement St Laurent pour rejoindre la piste de latérite et s'enfoncer dans la forêt. Bientôt finis les grands espaces, désormais nous circulons entre deux murs de végétation luxuriante et quelques petits ponts de bois en très bon état viennent rompre la monotonie de la piste. Un contrôle de gendarmerie à mi parcours environ nous permet de faire une halte. Mis en place pour vérifier les mouvements en forêt, ce dispositif est également rassurant car nous donnons nos itinéraires et surtout notre date de retour ce qui permettrait l'envoi de moyens de recherche au cas où...


Point de contrôle
Il nous faut environ 2 h 30 pour rejoindre la fin de la piste et l'auberge des chûtes Voltaire. Cet endroit très isolé offre vivres et couchages et peut constituer une étape intermédiaire pour ceux qui veulent prendre un peu plus de temps. Pour nous c'est départ immédiat, même pas le temps de prendre un café, car nous avons une longue étape de marche si nous voulons atteindre l'Inselberg avant la nuit.
Il est 10 h et nous mettons sac au dos . La première partie va nous prendre un peu plus d'une heure et nous allons emprunter un layon large avec une végétation claire. En course d'orientation on parlerait de forêt pénétrable. C'est un parcours agréable et les traversées de criques, cours d'eau en langage métropolitain, se font la plupart du temps en passant à côté des ponts car ils sont malheureusement très souvent abîmés voir inutilisables pour certains. Il est facile de comprendre la difficulté pour entretenir ce milieu qui appartient à l'ONF compte tenu des conditions climatiques et de l'éloignement géographique.

La végétation devient progressivement plus dense et lianes et palmiers dominent ainsi que les racines aériennes des différentes espèces, qui donnent l'impression que l'arbre va décoller telle une fusée du centre spatial de Kourou.


Il est bientôt 12 h lorsque nous arrivons aux premières chûtes Voltaire. Nous nous arrêtons pour une petite pause casse-croûte au niveau des cascades les plus hautes et certains vont même jusqu'à se baigner. Je le ferai plus tard lorsque nous repasserons par là le 3° jour et que nous y ferons une vraie halte. Ces chûtes offrent un dénivelé de 35 m sur 200 m de longueur. Elles constituent souvent le but de promenade de randonneurs à la journée car elles sont facilement accessibles mais il faut accepter aussi 5 heures de 4 x 4 tout de même.

Mais en ce qui nous concerne, ces chûtes ne constituent pas notre objectif aussi il nous faut repartir alors sac au dos et nouvelle étape qui va se dérouler en trois parties à peu près égales en termes de temps. Cette fois le décor change complètement, nous échangeons un large chemin contre un layon de la largeur d'un homme, désormais nous allons être très souvent au contact direct de la végétation et claustrophobe s'abstenir. J'exagère un peu quand même mais je pense que de nuit la sensation d'être dans un tunnel doit être assez proche de la vérité.

La progression est plus lente et nous nous arrêtons plus souvent car le guide doit parfois "tracer" sa piste. La forêt est bruyante par moment car de nombreux cris d'oiseaux nous accompagnent et surtout nous profitons de très beaux décors comme cette crique éclairée par un rayon de soleil qui traverse la canopée, ou cette belle plante apparaissant au détour de notre chemin. Mais attention à ne pas perdre notre vigilance car le danger peut surgir aussi à tout moment comme ces pointes acérées sur le tronc d'un jeune fromager.

Nous finissons notre 2° pause lorsque la pluie arrive. Et quelle pluie ! Un véritable déluge s'abat sur nous et malgré les capes et autres vêtements de pluie nous sommes rapidement détrempés. Heureusement que j'ai écouté les conseils donnés par le groupe, celui d'avoir mis toutes mes affaires en sacs étanches et surtout mes affaires pour la nuit car dormir mouillé est semble-t-il juste un enfer ! 15 min plus tard c'est fini mais bien sûr l'eau va continuer à nous arroser tranquillement pendant au moins une demi-heure car elle s'est accumulée au sommet des arbres qui vont maintenant ruisseler. C'est aussi à ce moment que la progression va sérieusement se compliquer. En effet avec le sol devenu glissant, attention aux racines, la pente va aussi s'élever car nous sommes au pied du massif granitique et nous allons passer de 125 m d'altitude à 280 en près de trente minutes.


Après un tel effort la récompense est au bout et nous arrivons avant le coucher du soleil ce qui nous permet de profiter de la superbe vue sur la canopée. La dalle est très glissante là où l'eau ruisselle donc nous nous devons d'être prudents et le guide nous le rappelle car plus de 50 m de chute attend le curieux qui s'aventurerait trop loin. On installe notre campement sous le carbet en dur qui se trouve en forêt près de la dalle et c'est ainsi que je prends mon premier cours d'installation de hamac. Pas très compliqué en vérité, il faut juste prendre son temps et ne pas se perdre dans ses cordages au début. Montage effectué, essai d'assurage réussi, il ne reste plus qu'à y dormir pour le test final.


Vue sur la canopée !
Campement rangé, si! si!

Prêt pour une bonne nuit !
Maintenant que le campement est monté, chacun va se préparer pour la soirée avec toilette à la crique au savon de Marseille et préparation du repas par Pierre qui nous a concocté du riz avec un bon ragoût, de quoi nous requinquer pour demain. Encore quelques instants à profiter du coucher de soleil sur la canopée puis repas au coin du feu et enfin saut dans le hamac pour une première nuit sous le ciel étoilé guyanais. J'espère passer une bonne nuit car la position dans le hamac semble confortable mais j'entends distinctement le croassement d'une grenouille, j'espère qu'elle a aussi prévu de dormir...

samedi 31 août 2019

Les chûtes Voltaire - épisode 1

A peine 1 mois après mon arrivée en Guyane que je me vois proposer une première virée en forêt. Je suis évidemment partant et j'attends avec une certaine impatience le programme de cette "balade". En fait de balade, il s'agit d'une escapade de trois jours dans la région de St Laurent du Maroni qui nous permet de rejoindre les chûtes Voltaire et de poursuivre jusqu'à l'inselberg qui porte le même nom.

A ce moment-là je suis loin d'imaginer ce qui m'attend, notamment en matière d'organisation. 2 nuits en hamac en carbet, une première, apercevoir la canopée du sommet de l'inselberg, une première, autonomie pendant trois jours en forêt équatoriale, une première, le tout avec un équipement que je vais devoir glaner à gauche et à droite car la caisse maritime n'étant toujours pas arrivée je n'ai pas du tout d'affaires adaptées. Heureusement l'entraide n'est pas un vain mot et j'aurai rapidement tout le matériel nécessaire.

Mais tout d'abord quelques définitions :
- Hamac : toile ou filet suspendu entre deux points d'ancrage destiné à dormir ou à se reposer. Personnellement je vais surtout m'y reposer mais avec de l'habitude je vais sûrement finir par y dormir.
- Carbet : un abri de bois sans mur, typique des cultures amérindiennes. Il est en général conçu pour facilement y attacher des hamacs. Cela tombe bien je vais y accrocher le mien.
- Canopée : étage  supérieur de la forêt directement influencé par le rayonnement solaire. Riche de biodiversité, c'est un véritable écosystème à lui seul et difficile d'accès. Je vais avoir l'occasion de le vérifier.
- Inselberg  : mot d'origine allemande signifiant Montagne-Île. Petit massif isolé qui domine une plaine ou en l’occurrence ici un massif forestier et donc la canopée. Bien vu !

Mercredi 14 août - 14 h 00
Rivière de Cayenne
Les sacs sont prêts et maintenant embarquement avec Laurent et Luc pour un trajet de 250 km en voiture afin de rejoindre Saint Laurent du Maroni où nous rejoindrons le reste de l'équipe. Il s'agit aussi de pouvoir y passer la nuit car le départ réel du périple est prévu à 6 h 30 du matin. Nous empruntons la RN1 sur toute sa longueur et dès la sortie de Cayenne l'ambiance équatoriale est déjà au rendez-vous avec paysages de forêts et quelques savanes. L'habitat aussi devient sommaire et en dehors des 3 villes que nous allons traverser (Macouria, Sinnamary, Iracoubo), il est souvent réduit à quelques planches et un toit de tôle.



 



Eglise Saint Joseph
Nous passons la rivière de Cayenne qui sert de limite ouest à la ville puis nous allons contourner Kourou et atteindre enfin Iracoubo pour une pause après 2 heures de conduite. Cet arrêt est l'occasion d'une première visite touristique, celle de l'église Saint Joseph. Les travaux débutèrent en 1886 et elle est remarquable pour l'ensemble des peintures murales qui couvrent la totalité des 400m2. Ces peintures seraient attribuées à un bagnard qui aurait fait "durer le plaisir", on peut aisément le comprendre, vue la minutie du travail.
 
 
Nous reprenons la route et arrivons vers 17 h 30 à St Laurent du Maroni. Comme nous sommes en avance nous en profitons pour faire un petit tour dans la partie ancienne après avoir aperçu le Maroni, fleuve frontière avec le Suriname voisin.


Avez-vous remarqué le bateau dans les arbres ou sous les arbres peut-être ? C'est un cargo anglais échoué ici en 1924, le Edith Cavell, vapeur qui transportait des marchandises entre Marseille et les Antilles en passant par la Guyane. On en reparlera.
 


Même une antenne de police peut servir de support à la végétation

En quittant les berges du fleuve nous passons près d'un porche et une inscription attire mon attention : camp de la transportation. Il s'agit de l'ancien bagne de St Laurent créé en août 1792 pour "la déportation politique des ecclésiastiques non sermentés puis aux ecclésiastiques dénoncés pour cause d'incivisme et en 1795 pour les ennemis de la révolution française". Il y aurait beaucoup à raconter sur le sujet aussi je le réserve pour plus tard.








Nous rejoignons maintenant le reste du groupe, prenons un dernier bon repas dans un restaurant local puis il faut songer à se coucher car demain réveil à 5 h 30. La suite au prochain épisode.


 

dimanche 11 août 2019

Trail en Guyane !

Juste une petite image pour montrer que Cayenne n'est pas une région plate et qu'il est possible de faire quelques montées.

Ce matin 15 km en forêt en mode marche-course, près de 2 h 20 d'efforts pour 500 m de dénivelée. 

Dur ! Dur !





9° journée des peuples autochtones à Cayenne

Le 9 août a été déclaré "Journée Internationale des Peuples Autochtones" par l'ONU. 

Héritiés d'une grande diversité linguistique et culturelle, les peuples autochtones comptent, selon l'ONU, environ 370 millions de personnes vivant dans 90 pays. Mais qu'est-ce qu'un peuple autochtone ? Vaste sujet que je ne peux évidemment traiter en quelques lignes aussi je commencerai par quelques généralités. Tout d'abord une définition très réductrice : Peuple présent sur un territoire avant que le colonisateur n'arrive et détenant des institutions, des cultures et des langues propres devant être transmises à la prochaine génération.

Peuples des forêts, du désert, de l'eau et des montagnes, ils occupent tous les écosystèmes et ont pour points communs marginalisation et discrimination d'après les travaux de l'ONU. Bien évidemment d'autres caractéristiques permettent de distinguer des personnes. Tout d'abord ils entretiennent des liens très puissants avec leurs terres ancestrales et leur environnement. Ensuite ils ont la volonté très forte de préserver leur mode d'organisation et leurs valeurs culturelles, sociales et économiques.

Afin de sensibiliser le public à la demande de reconnaissance de leur identité a donc été instituée la Journée internationale des peuples autochtones célébrée désormais le 9 août.

La Guyane a participé à cette célébration en organisant sa 9° édition. La place des palmistes à Cayenne a donc été le lieu pendant tout le week end de nombreuses activités destinées à mettre en valeur la culture amérindienne notamment par la découverte culinaire, des ateliers d'artisanat ou des expositions.



Cette édition a également été l'occasion de faire participer d'autres communautés présentes en Guyane ou invitées comme les péruviens avec comme point d'orgue un défilé en magnifiques costumes traditionnelles permettant de découvrir les créoles, les bushinengués et les hmongs, autant de communautés dont nous aurons l'occasion de parler plus tard.