mardi 4 août 2020

Le camp Cisame

Après la découverte de Régina, point de départ de notre périple fluvial et forestier, nous filons désormais à 30 km/h sur l'Approuague en direction du Camp Cisame. Avec les arrêts et les passages de sauts, il nous faut 2 heures pour parcourir les 45 km. L'Approuague prend sa source dans le "massif central" guyanais appelé Emerillon, il mesure 335 km et engendre des rapides puissants et le saut le plus important de Guyane, le saut Grand Canori et ses 19 m de dénivelé sur quelques centaines de mètres.




Le fleuve est calme en cette saison et nous observons les berges à la recherche du moindre signe de vie. Du vert partout et soudain une tâche rouge attire notre attention et notre guide se rapproche du bord. Il s'agit d'une magnifique fleur de cacao rivière. Comme son nom l'indique, l'arbre adore avoir les pieds dans l'eau, par contre n'attendez pas du chocolat car si la cabosse qui lui sert de fruit ressemble comme deux gouttes d'eau à celle du cacaoyer, la comparaison s'arrête là.



Une heure de pirogue plus tard, nous atteignons notre premier saut, le saut Tourépé, que nous franchirons après une pause bienvenue pour nous détendre les jambes. C'est l'occasion de voir un joli papillon et d'apercevoir les roches qui affleurent à la surface du fleuve. Et de nous interroger, par où passerons-nous ?






Il est temps de poursuivre notre remontée du fleuve et surtout de franchir le saut. Les eaux sont encore hautes et le guide nous demande juste de ne pas effectuer de mouvements lorsqu'il attaque les rapides. Quelques secousses plus tard nous voilà parvenus au-dessus de la zone de turbulence et reprenons le cours de notre périple avec sérénité. Lorsque le niveau est trop bas alors il faut décharger les pirogues et soit les pousser soit laisser le piroguier manœuvrer seul l'embarcation. Il faudra revenir en octobre pour voir cela.



Rien à nous mettre sous la dent en matière de faune sauf parfois au loin une tortue qui bronze au soleil et se jette à l'eau à notre approche. Finalement, l'une d'entre elles, moins timide sûrement, se laisse prendre en photo avant de nous gratifier d'un plongeon très gracieux. 


Encore trois sauts faciles à franchir puis nous apercevons presque au dernier moment un discret ponton qui indique notre arrivée à bon port. Bienvenue au camp Cisame !




Alors faisons maintenant le tour du propriétaire ! Juste après le ponton, un escalier nous amène au centre du dispositif car toutes les installations sont disposées en étoile.



A gauche se trouve notre carbet "couchage" qui peut héberger jusqu'à 15 hamacs et juste à droite le carbet "palabres" qui comme son nom l'indique nous servira de lieu de convivialité pour y prendre nos apéros du soir au coin du feu. Vraiment au coin du feu !





De notre "chambre" nous avons une vue d'ensemble sur un autre carbet "couchages" et sur la droite sur le carbet "restaurant" où nous prendrons tous nos repas et les apéros du midi. Au fait un petit grage vient de faire sursauter un voisin qui cherchait un morceau de ficelle dans la pelouse juste à côté de notre carbet. Oups ! le serpent vient de fuir tranquillement vers un palmier, rassurant !




Enfin il y a la buanderie et en même temps la salle de bain. Bon pour les moins téméraires, le camp dispose aussi de vrais toilettes et de 8 douches.



Pour ce premier jour, nous avons quartier libre cet après-midi et le repas ayant été pris vers 14 h nous disposons de temps pour nous détendre en hamac puis faire un tour de canoë sur ce long fleuve tranquille. Je vais tester la force du courant et la maniabilité du frêle esquif puis j'embarque Béa pour une heure de balade nautique. En vérité il suffira de pagayer 30 minutes vers l'amont pour ensuite se laisser dériver jusqu'au ponton. Nous allons être dans un calme absolu et je pensais que nous pourrions avoir une approche parfaite des berges mais pas de surprise finalement, juste quelques hirondelles qui s’enfuiront malgré des coups de pagaies tout en douceur. Peu importe ce fut un moment très reposant !





La nuit tombe vite et le carbet "palabre" s'illumine d'un feu disposé au sein d'une grande poêle à couac suspendue au centre de la pièce. Moment agréable et détendu avant un repas pris vers 21 h. Couche tôt s'abstenir ! Allez hop dans le hamac ! Bonne nuit !

Réveil tranquille vers 7 h après une nuit sereine puis petit-déjeuner et découverte du programme de la journée : initiation à l'orpaillage et à la vannerie puis pour les plus courageux, traversée du fleuve à la nage (avec un gilet) et parcours du combattant.

Manu, l'amérindien, organise sa bande de garimpéros et nous voilà partis vers la crique proche persuadés que la fortune va nous sourire très rapidement. Il attrape son chapeau chinois métallique appelé battée, l'arme absolue de l'orpailleur et après l'avoir rempli de sédiments commence un long travail de lavage. De par sa forme et un geste technique parfaitement maîtrisé de rotation dans l'eau, l'instrument permet d'exercer une force centrifuge hydraulique sur les sédiments. Manu, en véritable expert, évacue ainsi les alluvions les plus légères en premier. Il poursuit ses rotations jusqu'à ne garder qu'une fine couche de sable noir. Les paillettes d'or vont alors apparaître car plus denses que le reste des matériaux elles vont rester au fond de la battée. Simple comme bonjour !



A notre tour ; Manu charge ma battée est...une heure plus tard j'arrive enfin au sable noir. Je crois qu'il va falloir revoir ma technique. Et encore Béatrice a pris le relais. Mais quelle joie lorsque l'on découvre la matière brillante qui va nous rendre riche. 2 paillettes grandes comme... un moustique apparaissent enfin. Nous voilà officiellement devenus des orpailleurs.



Après ce moment "riche" en émotion, un peu de poésie maintenant, place à la vannerie. C'est encore Manu qui s'y colle. Le principe est d'arriver à faire un panier capable de supporter le poids d'un gibier qui serait abattu en pleine forêt et qu'il faudrait ramener. Quelques feuilles de palmier et en moins de 10 mn Manu fabrique un sac à dos capable de contenir près de 30 kilos de viande (ou autre chose si vous êtes végétariens).


Je préfère l'art abstrait !

La matinée se termine tranquillement et maintenant un bon repas, une sieste réparatrice et on repart à l'aventure. Il est 16 h lorsque nous empruntons un layon tracé le long du fleuve. Nous remontons vers l'amont pendant 1 km environ puis le guide nous arrête au moment de traverser une petite crique car il y a à ce niveau un accès à l'Approuague. Vérification des gilets de sauvetage et hop tous à l'eau pour une baignade rafraîchissante. L'objectif se situe de l'autre côté mais voilà la mise à l'eau s'est faite trop basse et nous perdons un tiers du groupe qui va se laisser dériver plus qu'il ne va nager. Le courant n'est pas très fort cependant en ayant respecté la consigne d'une dérive tranquille il devient vite évident qu'il sera impossible de rejoindre l'objectif. Peu importe, une pirogue de sécurité est là pour récupérer les naufragés.
A vos marques ! 

L'itinéraire est ouvert !

Quand faut y aller !

On n'est pas bien au milieu du fleuve ?

Après cette partie humide, nous reprenons pied sur la berge opposée et enchaînons une petite marche sur un layon encombré mais les obstacles sont encore à venir avec notamment la traversée d'une crique dans une dizaine de minutes à l'aide d'une corde tendue entre les 2 rives. Dommage, on était presque sec !


Nous voilà maintenant à pied d'oeuvre et 7 obstacles vont se présenter tour à tour. Il faut dire que nous sommes sur un ancien parcours du combattant mis en place il y a quelques années lorsque le camp avait une vocation d’aguerrissement. Cisame signifiait Camp d'instruction à la survie et l’aguerrissement en milieu équatoriale. Bon d'accord on est loin de cela mais quand même...






Prise au filet !

Voilà, fin du petit circuit, courbatures garanties après-demain. On s'est bien amusé et une pirogue nous attend pour nous faire traverser l'Approuague. Une douche pour enlever la boue et une remise en condition tranquille vont nous permettre d'aborder l'apéro dans de bonnes conditions. La soirée est agréable et le groupe s'entend bien. Encore une fois nous passons un bon moment au coin du feu !

Une deuxième nuit nous attend et c'est toujours du bonheur de se laisser bercer dans un hamac et s'endormir au son des bruits de la forêt. Au petit matin nous préparons nos sacs car il faut bien rentrer. Le retour en pirogue n'apportera pas de nouvelle surprise et je vous laisse avec un dernier florilège de photographies. Vivement le prochain camp !


































dimanche 2 août 2020

Régina

Les camps sont enfin ouverts et on va pouvoir retourner en forêt passer quelques jours. Ce sera le camp Cisame, situé sur le fleuve Approuague à 2 heures de pirogue du bourg de Régina. Nous avons rendez-vous à 9 h 30 au débarcadère et nous quittons donc Cayenne vers 7 h 30 car il faut envisager 1 h 40 de trajet (120 km) en empruntant la RN2, surnommée la Route de l'Est.

Cette route a été réalisée très progressivement depuis les années 1970. A l'origine juste une piste de latérite jusqu'à Régina puis le dernier tronçon de 80 km pour atteindre Saint-Georges a été ouvert à la circulation en décembre 2003. Nous arrivons au carrefour vers Régina facilement repérable avec sa statut de légionnaire qui rappelle la participation des militaires du 3° REI aux travaux d'ouverture de la route.


3 petits kilomètres et nous voilà à bon port. Une brigade de gendarmerie, 3 véhicules de pompier, une école primaire, une poste, une mairie et un écomusée composent l'essentiel de ce petit bourg qui doit son nom à Louis Athanase Théophane Régina dont le buste trône au bord du fleuve.



Profitons du guide de Guyane pour découvrir un peu l'histoire économique de cette région. Elle commence vers 1770, époque à laquelle on entreprend des cultures sur les terres inondables riches. On y trouve alors cacao, roucou, indigo, épices, coton et sucre. Un ingénieur suisse, Samuel Guisan, spécialiste des travaux d'assainissement, va intervenir dans ce grand projet et accepte de s'occuper des marais qui ceinturent Cayenne et ceux de la rive gauche de l'Approuague.



En 1789, Guisan entreprend le tracé du canal Roy reliant l'Approuague à la rivière de Kaw, canal creusé à la main par les esclaves qui dressent aussi de nombreux polders. L'ingénieur Guisan laissera son nom au village de Guisanbourg aujourd'hui abandonné.

Vers 1855, la découverte de l'or sur un affluent de l'Approuague provoque l’effacement de l'économie agricole au profit de pratiques extractives beaucoup plus lucratives. Si l'or remporte un grand succès, s'y ajoutent l'essence de bois de rose et la gomme de balata. Trop éloigné des placers, les sites d'extractions, Guisanbourg s'éteint petit à petit devant le développement des nombreux comptoirs marchands situés plus en amont sur le fleuve. C'est dans ce contexte que naît Régina qui atteindra 3000 habitants à son apogée.

Après 1945, le bois de rose a quasiment disparu et le cours de l'or chute. Les départs massifs commencent et Régina décline peu à peu. Aujourd'hui avec 800 habitants ce bourg mise sur son fleuve et son écomusée pour maintenir une activité touristique. Pas de chance pour nous, avec l'épidémie, le musée est fermé alors on devra revenir.






Nous arrivons à l'embarcadère où déjà sont rassemblés quelques touristes qui rejoindront aussi le Camp Cisame. Nous nous garons près de la mairie et effectuons un petit tour du quartier avant de retrouver notre guide qui nous offre un café de bienvenu et nous explique le programme des trois jours à venir.



Tout le monde est arrivé et COVID oblige, nous devrons porter le masque pendant le trajet en pirogue et nous regrouper par "famille". Nous sommes 12 et avec Béa nous allons avoir notre propre petite embarcation. Cool ! En fait nous verrons plus tard que c'est moins confortable que la grande pirogue.


Nous quittons l'embarcadère pour remonter l'Approuague pendant 2 heures environ et profitons une dernière fois de la vision fluviale des quelques maisons de Régina car désormais nous allons naviguer entre 2 murs de végétation luxuriante.







dimanche 19 juillet 2020

Le sentier du Golf à Kourou

Après Sinnamary le weekend dernier petit tour aujourd'hui à Kourou pour faire une balade autour du terrain de golf de la ville spatiale. Pour le trouver, facile, il suffit de prendre la direction du CSG et de se garer sur le parking visiteur juste avant la maquette géante grandeur nature de la fusée Ariane V.

Le circuit fait un peu plus de 4 km et il est possible de rajouter 2 km en effectuant un aller-retour sur l'ancienne route nationale 1. On va évoluer au plus près du terrain de golf mais toujours sur un sentier bordé d'un rideau de végétation qui nous protégera quasiment tout le temps du soleil. C'est une balade familiale sans aucune difficulté sauf...les nombreux chablis qu'il va falloir contourner ou le plus souvent enjamber.  On commence à être habitué.


 

Nous passons le long d'un canal caché par la végétation et le chemin est parfois humide car il y a aussi des marais. Il paraît que l'on peut voir des mammifères car la zone est totalement protégée mais pas aujourd'hui. On va se contenter des oiseaux et surtout d'une bonne oxygénation en ces temps de confinement qui laissent peu de place à de grands déplacements.



Nous nous arrêtons fréquemment pour observer et écouter. Faute d'animaux pour l'instant nous profitons des décors proposés par une nature toujours autant luxuriante et dès que la lumière joue avec l'eau, le spectacle est au rendez-vous.


Parfois de grands espaces nous permettent d'avoir une vue plus lointaine et on espère alors apercevoir le félin le plus célèbre de Guyane, le jaguar, car il traverserait parfois ces immenses zones complètement sécurisées pour lui car la chasse y est interdite.


Point de jaguar, alors un grand tamanoir peut-être ? Non juste son repas !


Encore un chablis puis du vacarme dans la cime des arbres. Avec le soleil dans les yeux pas facile d'apercevoir les chahuteurs. Je vais donc devoir retoucher la photo car sur le moment c'est surtout à un spectacle d'ombres chinoises que nous avons assisté. Bonne surprise lors de l'analyse à la maison, un magnifique Caïque à tête noire appelé encore Caïque Maïpouri.







Une borne kilométrique nous rappelle notre position et surtout l'existence du duathlon de Kourou qui se déroule à la fin du mois de Janvier. 4,3 k à pied puis 22,5 de vélo et encore une boucle à pied.


Le long de l'ancienne route nationale 1 que nous empruntons pour un aller-retour se trouvent de grands espaces de savanes et les oiseaux sont nombreux. Ces 2 là sur une branche me laissent approcher sans sourcilier mais il me faut encore les identifier. Si vous avez une idée je suis preneur !



 Là un pic ouentou cogne fort sur un tronc de palmier, ici un tyran des savanes pose pour la postérité.


Un dernier virage à gauche et c'est la ligne droite qui nous ramène au parking avec vue sur la maquette, on ne peut pas se tromper. Voilà un petit sentier bien agréable à la portée de tous qui vous prendra 1 heure 30 et qui pourra vous réserver de belles surprises !