jeudi 5 mars 2020

Les marais de Kaw

Pour ceux qui nous suivent, je ne vais pas vous refaire le couplet sur Roura et ses alentours. C'est ainsi qu'un vendredi après-midi nous avons repris le chemin vers cette petite bourgade puis continué sur l'unique route pour atteindre 50 km plus loin le dégrad du marais de Kaw. Nous avons rendez-vous avec l'équipage du Morpho, une sorte de radeau couvert prévu pour accueillir une douzaine de personnes pour une nuit. Nous allons en effet voguer à 3 nœuds maximum à travers le marais puis nous immobiliser sur la berge à la tombée de la nuit, admirer le coucher du soleil, passer une nuit au son des grenouilles et rentrer aussi tranquillement le lendemain matin.

La première surprise de la journée est littéralement tombée du ciel. Alors que nous roulions prudemment sur la route abîmée, boum ! un OVNI est venu frapper le pare-brise et il nous a fallu quelques secondes pour comprendre qu'il s'agissait d'une minuscule grenouille encore agrippée fortement grâce à ses pattes ventousées. Petite pause le long de la route et début d'une séance photos.

Nous atteignons le dégrad à l'heure convenue et procédons à l'embarquement en prenant soin de ne pas mouiller nos chaussures que nous mettons d'ailleurs immédiatement dans un caisson étanche. A partir de maintenant pieds nus pour toute la durée du voyage !
Nous faisons connaissance avec nos futurs compagnons de route, ou plutôt de marais, et l'équipage composé de 2 personnes nous donne les consignes pour passer un bon moment.


De son vrai nom Réserve naturelle nationale des marais de Kaw-Roura, le lieu de notre périple est la troisième réserve naturelle de France, la deuxième étant aussi en Guyane ,celle de Nouragues, et la première les TAF, les Terres australes françaises. C'est par contre la plus vaste zone humide et la pluviométrie bat des records avec près de 4 mètres par an (En France le mont Aigoual a un record à 2 mètres). En ce qui nous concerne nous allons passer 24 h au sec !

Nous remontons maintenant la rivière de Kaw qui serpente au milieu d'une véritable prairie et de temps en temps l'une des berges est extrêmement encombrée par une végétation dense très caractéristique de ce milieu aquatique, les moucou-moucou, et pour se rappeler du nom, facile ! il y en a beaucoup-beaucoup !

Au-delà de la végétation particulière, nous allons aussi pouvoir observer de nombreux oiseaux comme des aigrettes (bleues, grandes, neigeuses, etc...) ou des hérons comme le Cocoï par exemple et bien sur des cormorans.

Et comme nous voguons au milieu d'une prairie, il y a des zébus. Bon d'accord, ce n'est pas une espèce naturelle et ils pâturent sereinement au milieu d'un décor tropical, parfaitement adaptés à la chaleur et à l'humidité ambiante. Ils sont élevés pour leur viande.











Cette sortie est très reposante, nous avons juste à profiter du spectacle et nous laisser porter tout en douceur. Une terrasse aménagée sur le toit de notre esquif nous permet de prendre de la hauteur et de mieux découvrir l'environnement. Des jacanas jacassent le long de la rive tandis que des tortues se prélassent sur des branches de moucou-moucou. Les cormorans jouent avec nous en se laissant approcher pour nous permettre d'apprécier leur décollage tandis que certains contournent avec élégance notre embarcation.







Cet après-midi se déroule sereinement et le Morpho commence sa recherche d'un lieu propice à l'accostage. En fait rien de plus simple, il prend un peu d'élan et se laisse glisser sur les herbes basses de la berge tel un aéroglisseur. Cinq à six mètres plus loin le mur de Moucou-moucou nous bloque le passage, il n'y a plus qu'à jeter l'ancre. Un petit caïman noir fuit à notre approche, c'est une espèce endémique du marais. A peine est-il parti que le maître d'équipage nous annonce l'ouverture de la piscine. Quelle blague ! Et quelques minutes plus tard il est en maillot de bain et se jette du toit-terrasse dans la rivière. La piscine est vraiment ouverte et nous le rejoignons bientôt pour un bain particulièrement agréable... dès que l'on oublie la présence du croco !



Après cet intermède très agréable, nous reprenons pied sur l'embarcation et rendez-vous est donné à toute la troupe sur la terrasse où nous attend le traditionnel ti-punch préparé par nos hôtes. En avant pour un moment de convivialité qui doit nous permettre d'attendre l'un des moments forts de cette sortie, le coucher du soleil. Nous allons être "servis" et le spectacle est garanti. Le calme règne sur le marais et le concert des grenouilles attend son heure. Très bel instant que l'on aimerait voir durer !



Sans que nous nous en rendions compte, l'équipage est redescendu discrètement et a transformé le rez-de-chaussée en véritable salle de restaurant avec ses petites tables de quatre. On s'installe et un repas à base de différentes salades (poisson, poulet boucané, légumes) nous est proposé avec en final du fromage et un dessert. Repas de prince vu l'endroit !



Maintenant il est temps de passer à la suite du programme à savoir une balade nocturne à la recherche du caïman noir.
On s'extrait de l'herbier puis l'embarcation reprend sa course lente au milieu du lit de la rivière. Seule une lampe est utilisée pour tenter d'apercevoir les 2 billes rouges qui signaleront la présence du saurien. Entre temps un piranha s'est laissé prendre, il s'agit ici d'une espèce "peureuse" et pas agressive, loin du monstre des films. Vite à l'eau !



La "chasse" au caïman se poursuit et les efforts du guide sont enfin récompensés. Le saurien, comme hypnotisé, se laisse approcher. C'est un très jeune et nous n'avons que quelques minutes pour l'observer car c'est une espèce protégée. Défense de toucher ! Il est posé dans les herbes et fini de lui-même par s'éloigner. Nous reprenons la traque mais cette fois nous nous contenterons de compter les billes rouges qui apparaîtront le long des berges.



Il est bientôt 22 h et notre équipage a de nouveau échoué le Morpho. Nous remontons sur le toit-terrasse le temps de transformer la salle à manger en dortoir. En moins de quinze minutes des banquettes sont descendues et fixées le long de tubes en aluminium, des moustiquaires les recouvrent et un ensemble oreiller, draps et couverture est mis à la disposition de chacun d'entre-nous. Le grand luxe. Il n'y a plus qu'à rejoindre nos couchettes et une fois tout le monde couché, la lumière est éteinte et nous nous retrouvons comme seuls au monde. En se penchant légèrement on peut apercevoir la voûte céleste étoilée. Du pur bonheur ! J'oubliais, il faut aussi compter sur le chant mélodieux des grenouilles qui va nous accompagner jusqu'à l'aube. Bonne nuit !


Elle fut presque bonne, la nuit, car entre le bruit des animaux nocturnes et la vague de chaleur qui nous est tombée dessus au petit matin, véridique, il y a eu quand même des phases d'éveil. Lors de ces moments, j'en ai profité pour me concentrer sur les sons et l'imagination est alors au maximum de sa forme, par ailleurs j'ai pu constater la clarté du ciel avec une magnifique vue sur la Voie Lactée. Le réveil est prévu de bonne heure et après un bain revigorant, pour certains, où un peu d'attente sur la terrasse, nous pouvons passer à l'étape petit-déjeuner. Là encore tour de passe-passe de l'équipage qui fait disparaître en un temps record l'espace nuit. Tout est compris, café, chocolat, thé, pain, biscottes, beurre, confiture, fromage, jus de fruit.





Sans nous en rendre vraiment compte, le Morpho s'extirpe en douceur de sa litière herbeuse et reprend le cours de la rivière de Kaw en sens inverse pour nous ramener au point de départ. Nous finissons ainsi de déjeuner tout en profitant de la nature qui se réveille aussi tranquillement. Encore 1 heure de navigation paisible et même un peu de pluie, juste trois fois rien, mais juste ce qu'il faut pour nous dessiner un magnifique arc-en-ciel et nous permettre de terminer ce voyage hors du temps en beauté.





Le dégrad apparaît bientôt et il nous faut quitter cette embarcation totalement atypique parfaitement bien conçue pour accueillir 12 personnes pour une nuit dans un espace apparemment confiné au premier abord mais finalement ne laissant jamais paraître l'impression initiale d’exiguïté. A recommander sans modération ! Bravo pour ce beau voyage !



mardi 25 février 2020

Un dimanche à Cacao

Un dimanche à Bamako... c'est le jour du mariage...


Et bien un dimanche à Cacao... c'est le jour de la soupe !

Cacao ! Non je ne vais pas vous parler de la fève de chocolat mais d'un charmant et unique village de Guyane situé à 80 km de Cayenne et rendu célèbre pour avoir accueilli dans les années 1970 une communauté d'agriculteurs, les Hmong, réfugiés du drame laotien.



Mais avant de devenir un village Hmong en plein coeur de la Guyane, Cacao fut d'abord une grande plantation établie le long de la rivière Comté dès la fin du 18° siècle, l'habitation Sainte Marie de Cacao ! Laissé à l'abandon, l'administration pénitentiaire racheta ce lieu pour y établir le bagne de Sainte Marie qui fermera en 1859.



1954, Dien Bien Phu, 1962, guerre du Vietnam, à chaque fois les Hmong servent soit l'armée française soit l'armée américaine mais en 1975, le parti communiste prend le pouvoir au Laos et les Hmongs doivent alors quitter leur pays pour se réfugier en Thaïlande. Progressivement ils obtiennent la possibilité de quitter les camps de réfugiés pour être accueillis aux Etats-Unis et en France.

Vous devinez la suite. Une centaine de famille est aiguillée vers la Guyane et atterrit au lieu-dit Cacao. Leur nouvelle histoire va pouvoir commencer. Agriculteur dans l'âme, ils vont fournir un travail titanesque de défrichement et de plantation jusqu'à devenir aujourd'hui les "maraîchers" de Guyane et les fournisseurs des fruits et légumes consommés par les Cayennais.

Afin de mieux se faire connaître et profiter des rares touristes, Cacao a eu l'idée géniale de développer un marché de produits locaux tous les dimanches matin et, malgré la distance qui le sépare de Cayenne, il attire énormément de monde.

On se bouscule au milieu des étals colorés de broderies fines et pleins de saveurs de fruits et légumes souvent méconnus. Dépaysement garanti, ambiance orientale et vendeuses toujours souriantes. On tombe sous le charme. 









Et pour conclure une telle promenade rien de mieux que de prendre place à l'une des longues tables qui entourent le marché pour y déguster quelques produits locaux et notamment une bonne soupe, des nems ou du riz gluant.




Après le repas un dernier petit tour à l'église du village qui domine le bourg puis retour à Cayenne en se promettant de revenir car il y a encore un musée du papillons et des insectes à faire, un potier à visiter et surtout encore plein de saveurs nouvelles à déguster. Merveilleux dimanche à Cacao !





lundi 24 février 2020

La roche gravée de Kaw

Si vous avez l'occasion de passer du temps dans les marais de Kaw alors profitez de votre déplacement pour vous rendre sur le site de la roche gravée. Le sentier, d'une longueur de 2 km, est très accessible et son départ est au niveau du parking situé au bout de la route qui mène au dégrad de Kaw.

Cette roche est donc posée sur la crête de la Montagne Favard sur la rive gauche de la rivière. Il nous faut environ 40 mn, photos comprises, pour l'atteindre. Une soucoupe volante arrive en même temps que nous et la recouvre à notre approche. Non, c'est une coupole destinée à la protéger bien sûr.

Un panneau d'information nous permet de décrypter les gravures amérindiennes et les dessins sont d'une telle précision que l'on s'y retrouve très facilement et pour une fois on peut vraiment apprécier le travail. Au moins 2 serpents sont visibles et une figure (constituée de 2 triangles inversés) dite anthropomorphe représenterait une forme humaine. Je reste prudent car même les experts le sont. Encore des mystères à éclaircir pour des générations de chercheurs.




Quoiqu'il en soit la promenade est agréable, même si les moustiques sont agressifs, et comme souvent la nature nous offre des images improbables comme le morpho qui va virevolter autour de nous jusqu'à se poser pour se laisser prendre en photo sans aucune réticence où encore cette petite araignée qui mérite un gros plan.




Approchez-vous encore un peu !


Allez, encore un peu et maintenant on se rend bien compte qu'il ne faut pas la chatouiller de trop près.


Quant aux végétaux, ils ne sont jamais en reste avec par exemple ci-dessous un magnifique yayamadou montagne, fruit de la même famille que le muscadier avec sa graine entourée d'une arille rouge. Arille ???? En botanique, c'est une enveloppe charnue plus ou moins développée autour d'une graine. C'est la minute scientifique.



Retour au parking par le même chemin pour retrouver notre véhicule et 1h30 plus tard nous serons à Cayenne pour un repos bien mérité. En cherchant de la documentation, je me suis aperçu que nous avons loupé des vestiges de la colonisation. En effet, Favard est le nom d'une famille influente installée dès les années 1700. Cacao, café et épices furent cultivés sur ces terres et une habitation s'éleva sur cette montagne dont il resterait les ruines d'un moulin et des rouages de machines. Il va falloir y retourner...


dimanche 23 février 2020

Les chutes de Fourgassié

La commune de Roura comprend de nombreux trésors et après la visite de la brasserie reprenons nos bonnes habitudes en dénichant un nouveau site de randonnée. Nous filons par la route en direction des marais de Kaw pendant une douzaine de kilomètres après le bourg jusqu'à atteindre une piste en latérite sur la droite, la piste forestière de Fourgassié. En ce mois de février, elle est carrossable et  en étant vigilant c'est sans incident que nous parcourons les deux kilomètres qui nous amènent au petit parking situé sur la gauche. Nous semblons être les premiers mais nous percevons clairement le son puissant des basses crachées par des hauts-parleurs, les brésiliens sont dans la place.

Qu'à cela ne tienne nous débarquons les glacières et empruntons le petit sentier qui descend vers la zone de pique-nique proche de la crique. C'est en atteignant le bas du sentier que nous apercevons 2 véhicules et quelques personnes déjà installées au bord de l'eau. La première impression n'est pas très favorable car le site présente quelques détritus de-ci de-là et les ouvrages en bois sont dégradés, un pont est même cassé. Nous nous éloignons un peu et finissons par trouver un petit coin sympa et surtout une table encore en état de nous supporter. 



Nous allons passer un agréable moment d'autant que nos voisins ont éteint la musique pour aller se baigner dans la crique. Comme souvent en cette saison il faut compter avec la pluie et nous utilisons le parapluie pendant quelques minutes pour nous protéger, rien de bien gênant !


Après le repas, rien de mieux qu'une petite promenade digestive, allons donc visiter les célèbres chutes Fourgassié, chutes les plus connues de Guyane. Nous rangeons nos affaires et commençons à cheminer le long du sentier qui est censé faire une boucle. Dès le départ il faut faire attention car la roche est très glissante et la végétation parfois envahissante. De nombreux morphos virevoltent autour de nous. 



Nous retrouvons bientôt nos voisins qui profitent d'une petite cascade pour se rafraîchir mais l'espace est étroit et nous poursuivons notre descente de crique. Le sentier s'éloigne progressivement de la rivière que nous retrouvons néanmoins un peu plus loin. Quelques vestiges de bancs en bois laissent à penser que l'endroit fut sûrement très agréable mais entre l'agressivité du climat équatorial et le fait que ce lieu est facilement accessible, c'est aujourd'hui un espace dégradé que nous ne voyons pas sous son meilleur jour. 

Il nous faut faire demi-tour car désormais le layon disparaît sous la végétation. Nous retrouvons un autre accès et atteignons bientôt la piste en latérite en contre-bas du parking. Encore 10 minutes de marche et les véhicules sont en vue. Retour vers Cayenne après encore un bon moment de passé.




samedi 15 février 2020

La bière de Guyane

Il était une fois...la bière de Guyane.

Jusqu'en 2010, la bière consommée en Guyane était fournie par les grands brasseurs traditionnels. C'est alors qu'une paire de copains, décidés à changer d'orientation professionnelle, conçut l'idée un peu folle de lancer une bière artisanale locale. Ainsi naissait "Jeune Gueule", la seule marque encore à ce jour 100% guyanaise.


L'histoire est évidemment un peu plus compliquée et c'est pour cela que nous nous sommes rendus 1749, avenue de l'égyptienne à Matoury pour écouter l'un des fondateurs nous conter lui-même cette belle aventure à l'occasion de la visite de sa brasserie organisée tous les samedis matin.

D'une durée de 2 heures, la présentation va nous permettre de découvrir un panorama complet sur les habitudes de consommation, la création elle-même de la brasserie, les étapes de fabrication de la bière et enfin une dégustation, avec modération.


Parmi les anecdotes, il y a les débuts mémorables avec le premier atelier installé sous un carbet avec une "machinerie" à la professeur Tournesol.

Sans oublier aussi les 3 jours de folie après la création d'une page facebook anodine. En bref, une page est mise en ligne. Dès le lendemain le journal France-Guyane prend contact pour savoir si c'est un canular. Prudents, les apprentis brasseurs, veulent bien donnés une interview mais en indiquant expressément le côté amateur et balbutiant de leur petite entreprise. Le lendemain ils font la Une et les appels téléphoniques arrivent de tout le pays qui veut absolument goûter le breuvage. C'est le début du succès...pendant un mois, c'est à dire le temps de vider toute la quantité disponible. La rupture de produit ramène le calme et les compères vont poursuivre avec sérénité leurs recherches en sachant maintenant qu'il y a un vrai potentiel.



Aujourd'hui la petite entreprise a bien grandi et des projets sont dans les cartons. Des nouveaux locaux sont prévus et la capacité de production permettra de fournir encore mieux une population très demandeuse.

Après cette intéressante visite, direction la boutique de produits dérivés 100% Guyane pour une dégustation bienvenue. 

Au fait vous avez compris le jeu de mot formé par le nom de la bière ?