samedi 14 septembre 2019

Les chûtes Voltaire - épisode 3

2° journée. 
Lever de soleil sur la canopée !
Et voilà, ma première nuit en hamac en carbet s'est plutôt bien passée et la grenouille a décidé de s'endormir...au petit matin. Finalement la position n'est pas si inconfortable que je le croyais car dormant souvent sur le ventre inutile de dire que c'est impossible dans un filet tendu entre deux branches. On arrive à se mouvoir et se mettre sur le côté et contre toute attente, une fois à l'intérieur c'est un véritable cocon.

6 h du matin. Je sors avec précaution de mon hamac car il faut que je maîtrise son balancement et hop me voilà sur terre sans dommage ! je progresse à tâtons à la lumière de ma frontale pour sortir du carbet et rejoindre la dalle de granit d'où je pourrai attendre le lever du soleil. La forêt est encore silencieuse et j'apprécie ce moment de tranquillité. Encore une vingtaine de minutes et bientôt le ciel commence à changer de teinte. A partir de maintenant toute une palette de couleurs va être utilisée par un peintre mystérieux et je vais avoir la chance d'assister à une belle exposition de tableaux aux multiples variations. Quelques camarades m'ont rejoint pour profiter du spectacle et Pierre nous amène même de quoi prendre notre petit-déjeuner sur place, génial !


Le début de matinée va ainsi passer tranquillement car l'objectif du jour est de rejoindre pour midi les 2° chutes Voltaire et nous avons environ 1 h 30 de marche pour nous y rendre.


Vue du carbet !
Nous passons la majeure partie de ce temps libre sur la dalle de granit et profitons ainsi de la vue infinie sur la canopée. Des aras rouges dits Macao passent au-dessus de nous de temps en temps et en fonction de leur position en vol nous pouvons alors voir leurs magnifiques couleurs écarlates rouge et bleu.


Vers 10 h, nous remettons en ordre le campement afin de le laisser en parfait état pour les suivants puis sac au dos nous entamons la 2° partie du programme. Pour cela nous devons déjà commencer par redescendre l'inselberg et ce n'est pas une mince affaire. Si la difficulté la veille venait du fort pourcentage de pente, aujourd'hui il faut y ajouter l'humidité qui va rendre la descente extrêmement glissante et la prudence est de mise pour éviter la chute. Tout va bien se passer et nous rejoignons notre 2° campement sans encombre malgré quelques petites glissades sans conséquence.


Après la pierre maintenant c'est l'eau qui va être notre thème du jour. Et quelle eau ! Nous sommes bien en amont de la crique Voltaire et avons atteint la 2° zone de cascades rien que pour nous, où des baroudeurs, l'accès pouvant être compliquée sans guide car le tracé est essentiellement composé d'un petit layon qui disparaît régulièrement sous la végétation.


On s'installe tranquillement dans un carbet-bâche (le toit est en toile et non en bois) et cette fois le hamac est installé en trois temps et deux mouvements, pourvu qu'il tienne ce soir. Repas "léger" ce midi à base de cacahuètes, saucissons, chips et pâté puis le guide nous donne le programme de cet après-midi, randonnée aquatique d'une durée de 2 heures environ en aller-retour dans la crique.

Et c'est parti ! Maintenant nous allons progresser sereinement et avec précaution dans le lit de la rivière. Sereinement car il n'y a pas d'urgence, le soleil brille et l'eau fraîche est plutôt agréable et avec précaution car il y a quelques pièges à éviter, comme des roches invisibles cachées sous l'eau que le guide nous indique au fur et à mesure ou inversement des trous d'eau qui pourraient s'avérer pénibles à cause du courant que cela génère.

Plante aquatique !
On profite pleinement de cette balade et j'apprécie particulièrement la fraîcheur de l'eau car lorsque nous progressons au sec quelques temps le soleil sait nous rappeler que la température extérieure reste élevée et que sans vent le corps se réchauffe très vite. Parfois la crique devient parfaitement claire et c'est l'occasion de faire quelques photos sous-marines. C'est totalement incroyable de se trouver dans un tel décor en maillot de bain en pleine forêt équatoriale surtout quand on progresse à l'intérieur sur 100 mètres pour passer un saut (cascade) trop dangereux à cause du courant par exemple.



Nous faisons demi-tour au-dessus d'un dernier saut qui nous permet d'apercevoir la crique Voltaire sous sa forme tranquille et maintenant certains passages pourront se faire à la nage ou en mode rafting pour profiter du courant. Encore de beaux moments !


La fin de journée approche et de retour au carbet le ciel s'assombrit, attention la pluie arrive. Et ici rien ne se fait à moitié donc la pluie est abondante et le sol est rapidement gorgé d'eau, heureusement que nos affaires sont à l'abri et que les bâches tiennent bon. Pierre, très pragmatique en profite pour lustrer le mobilier d'extérieur qu'il met à notre disposition pour prendre les repas. Avec l'humidité permanente, le bois se recouvre vite de mousses et de champignons et une forte pluie est l'occasion de faire un grand ménage.Très pratique ce karcher naturel !

Ménage à grand seau !
Maintenant repas à la frontal, apéro Ti punch évidemment, pâtes bolognaises, cake et carré de chocolat puis histoires et chansons qui nous amènent progressivement vers le moment du coucher. Nous rejoignons nos hamacs en fonction de notre résistance puis un sommeil réparateur est attendu. Encore une super journée !

mardi 3 septembre 2019

Le sentier du ROROTA

Petit intermède avant de poursuivre mes aventures aux chûtes Voltaire.





LE SENTIER DU ROROTA

C'est parti pour une petite rando sur le sentier du Rorota qui fait une boucle de 5,6 km environ. Situé à 15 min de chez nous c'est l'un des nombreux petits massifs qui entourent Cayenne et qui permettent aux citadins de pratiquer marche ou jogging. Mais attention, il ne faut oublier que nous sommes en forêt équatoriale et que l'on peut donc tomber aussi sur des animaux plus ou moins sympathiques.









Pour info Pascal m'a fait porter un sac à dos chargé d'eau ! Paraît-il qu'il faut que je m'habitue au poids car en octobre une sortie de 3 jours est programmée en forêt, aussi nous aurons chacun un sac à dos chargé de tout le matériel nécessaire (vêtements - nourriture - boisson - hamac- etc.)

Donc je m'entraîne ! au secours ! LOL


Départ par un sentier raviné qui grimpe pendant 400m et déjà nous apercevons de nombreuses fleurs : Cramantines et grands balisiers aux bractées rouges ainsi que de nombreux bambous.


Cramantine !

Grand balisier


Le sentier laisse à droite l'usine de traitement des eaux de Rémire, puis monte en longeant un petit ruisseau qui court dans les rocailles. De nombreuses petites cascades se faufilent dans la végétation.

La roche affleure et les racines dites traçantes tapissent le sol à la recherche d'éléments nutritifs et de stabilité.



Plus loin nous traversons un pont de bois qui situe le lac de Lalouette. Après avoir franchi un deuxième pont nous atteignons le plus grand plan d'eau, le lac de Rorota, d'une contenance d'un million de m3. C'est grâce à lui que Cayenne est alimentée en eau.
Nous avons la chance d'apercevoir plusieurs singes (Saïmiris) que nous n'arrivons pas à distinguer nettement et plus loin une chenille qui deviendra papillon, un grand Sphinx du frangipanier tout gris  (vivement que notre caisse arrive avec notre super appareil photos) ! Quel beau spectacle. 
Chenille du frangipanier
Le reste du parcours est une descente en pente douce sur un large sentier ponctué de points de vue donnant sur les plages de Rémire et les îlets et Montravel.
Ce fut une belle sortie ! A refaire car nous espérons apercevoir un animal typique de ce massif, le paresseux.






dimanche 1 septembre 2019

Les chûtes Voltaire - épisode 2

Jeudi 15 août 2019 - 5 h 30
Après une nuit correcte c'est à dire à peine gêné par les moustiques, il est temps de se lever et de rassembler toute la troupe pour un petit déjeuner bien apprécié car je ne sais pas de quoi sera constitué le prochain pris en pleine forêt.
Nous nous rendons en véhicule chez Pierre, notre guide pour trois jours, à la sortie de St Laurent et nous transbordons nos affaires dans deux 4 x 4 car bientôt le bitume sera remplacé par de la latérite.

Notre groupe composé de Noémie, Mathilde, Luc, Romain, Laurent et Sébastien fait connaissance avec les 6 autres personnes qui se joignent à nous et à 7 h nous "décollons" car 10 km de route puis 60 de piste nous attendent  ensuite avant de mettre le sac au dos.


Nous quittons rapidement St Laurent pour rejoindre la piste de latérite et s'enfoncer dans la forêt. Bientôt finis les grands espaces, désormais nous circulons entre deux murs de végétation luxuriante et quelques petits ponts de bois en très bon état viennent rompre la monotonie de la piste. Un contrôle de gendarmerie à mi parcours environ nous permet de faire une halte. Mis en place pour vérifier les mouvements en forêt, ce dispositif est également rassurant car nous donnons nos itinéraires et surtout notre date de retour ce qui permettrait l'envoi de moyens de recherche au cas où...


Point de contrôle
Il nous faut environ 2 h 30 pour rejoindre la fin de la piste et l'auberge des chûtes Voltaire. Cet endroit très isolé offre vivres et couchages et peut constituer une étape intermédiaire pour ceux qui veulent prendre un peu plus de temps. Pour nous c'est départ immédiat, même pas le temps de prendre un café, car nous avons une longue étape de marche si nous voulons atteindre l'Inselberg avant la nuit.
Il est 10 h et nous mettons sac au dos . La première partie va nous prendre un peu plus d'une heure et nous allons emprunter un layon large avec une végétation claire. En course d'orientation on parlerait de forêt pénétrable. C'est un parcours agréable et les traversées de criques, cours d'eau en langage métropolitain, se font la plupart du temps en passant à côté des ponts car ils sont malheureusement très souvent abîmés voir inutilisables pour certains. Il est facile de comprendre la difficulté pour entretenir ce milieu qui appartient à l'ONF compte tenu des conditions climatiques et de l'éloignement géographique.

La végétation devient progressivement plus dense et lianes et palmiers dominent ainsi que les racines aériennes des différentes espèces, qui donnent l'impression que l'arbre va décoller telle une fusée du centre spatial de Kourou.


Il est bientôt 12 h lorsque nous arrivons aux premières chûtes Voltaire. Nous nous arrêtons pour une petite pause casse-croûte au niveau des cascades les plus hautes et certains vont même jusqu'à se baigner. Je le ferai plus tard lorsque nous repasserons par là le 3° jour et que nous y ferons une vraie halte. Ces chûtes offrent un dénivelé de 35 m sur 200 m de longueur. Elles constituent souvent le but de promenade de randonneurs à la journée car elles sont facilement accessibles mais il faut accepter aussi 5 heures de 4 x 4 tout de même.

Mais en ce qui nous concerne, ces chûtes ne constituent pas notre objectif aussi il nous faut repartir alors sac au dos et nouvelle étape qui va se dérouler en trois parties à peu près égales en termes de temps. Cette fois le décor change complètement, nous échangeons un large chemin contre un layon de la largeur d'un homme, désormais nous allons être très souvent au contact direct de la végétation et claustrophobe s'abstenir. J'exagère un peu quand même mais je pense que de nuit la sensation d'être dans un tunnel doit être assez proche de la vérité.

La progression est plus lente et nous nous arrêtons plus souvent car le guide doit parfois "tracer" sa piste. La forêt est bruyante par moment car de nombreux cris d'oiseaux nous accompagnent et surtout nous profitons de très beaux décors comme cette crique éclairée par un rayon de soleil qui traverse la canopée, ou cette belle plante apparaissant au détour de notre chemin. Mais attention à ne pas perdre notre vigilance car le danger peut surgir aussi à tout moment comme ces pointes acérées sur le tronc d'un jeune fromager.

Nous finissons notre 2° pause lorsque la pluie arrive. Et quelle pluie ! Un véritable déluge s'abat sur nous et malgré les capes et autres vêtements de pluie nous sommes rapidement détrempés. Heureusement que j'ai écouté les conseils donnés par le groupe, celui d'avoir mis toutes mes affaires en sacs étanches et surtout mes affaires pour la nuit car dormir mouillé est semble-t-il juste un enfer ! 15 min plus tard c'est fini mais bien sûr l'eau va continuer à nous arroser tranquillement pendant au moins une demi-heure car elle s'est accumulée au sommet des arbres qui vont maintenant ruisseler. C'est aussi à ce moment que la progression va sérieusement se compliquer. En effet avec le sol devenu glissant, attention aux racines, la pente va aussi s'élever car nous sommes au pied du massif granitique et nous allons passer de 125 m d'altitude à 280 en près de trente minutes.


Après un tel effort la récompense est au bout et nous arrivons avant le coucher du soleil ce qui nous permet de profiter de la superbe vue sur la canopée. La dalle est très glissante là où l'eau ruisselle donc nous nous devons d'être prudents et le guide nous le rappelle car plus de 50 m de chute attend le curieux qui s'aventurerait trop loin. On installe notre campement sous le carbet en dur qui se trouve en forêt près de la dalle et c'est ainsi que je prends mon premier cours d'installation de hamac. Pas très compliqué en vérité, il faut juste prendre son temps et ne pas se perdre dans ses cordages au début. Montage effectué, essai d'assurage réussi, il ne reste plus qu'à y dormir pour le test final.


Vue sur la canopée !
Campement rangé, si! si!

Prêt pour une bonne nuit !
Maintenant que le campement est monté, chacun va se préparer pour la soirée avec toilette à la crique au savon de Marseille et préparation du repas par Pierre qui nous a concocté du riz avec un bon ragoût, de quoi nous requinquer pour demain. Encore quelques instants à profiter du coucher de soleil sur la canopée puis repas au coin du feu et enfin saut dans le hamac pour une première nuit sous le ciel étoilé guyanais. J'espère passer une bonne nuit car la position dans le hamac semble confortable mais j'entends distinctement le croassement d'une grenouille, j'espère qu'elle a aussi prévu de dormir...